Bolivie

Après le passage de huit cols entre 4000 et 4900 mètres en 7 jours, nous arrivons à la frontière entre l'Argentine et la Bolivie. Le dépaysement est radical. Du côté Argentin à La Quiaca, c'est plutôt mort par contre du côté Bolivien à Villazon, nous retrouvons plus d'authenticité.

Nous restons deux jours à Tupiza, à prendre nos marques et découvrir une toute autre culture. Dans la rue, nous trouvons toute sorte de snacks et jus frais pour moins de 20 cts de francs Suisse, on pourrait presque se croire en Inde :-) Nous visitons le Canyon de l'Inca à cheval et traversons des magnifiques décors dignes de films Westerns.

Depuis peu, la consommation d'huile du moteur est passée de 1 litre par 1000 km à 3 litres par 1000 kilomètres. Du coup Aless passe une journée chez un mécanicien qui nous descend le moteur afin d'identifier s'il y a une fuite. Malheureusement il n'y a pas de pièce de rechange pour ce véhicule dans la région et il faudra attendre jusqu'à la capitale pour trouver ce qu'il nous faut. En attendant, la pièce est provisoirement réparée.

Puisqu'il y a pénurie d'essence à Tupiza, nous prenons la route pour Uyuni en espérant trouver notre bonheur en route. La route de terre monte, monte et monte encore à plus de 4200 mètres d'altitude. Quelques kilomètres avant Atocha, la route est barrée par des manifestants revendiquant le manque d'infrastructure médicale. Quand on voit comment certains vivent, ils ont bien raison de se réveiller et s'unir… Pour nous ce ne fut qu'une nuit d'attente avant de reprendre notre chemin, pour eux c'est un parcours plus sinueux pour atteindre un niveau de vie plus "humain".

Le lendemain matin, nous poursuivons notre chemin jusqu'à Atocha, un horrible village minier. La station essence où nous trouvons miraculeusement du combustible est uniquement accessible par le nid de sable de la rivière… La route commence à se dégrader et les passages de tôle ondulée et de sable à se multiplier.

Nous arrivons finalement à Uyuni, et cherchons encore de l'essence. La première station, il n'y en a plus. La suivante, ils refusent de nous en donner, car elle est subventionnée par le gouvernement et donc réservée aux Boliviens. Après un peu d'insistance, ils acceptent de remplir notre réservoir au prix dérisoire de 50 cts de francs Suisse par litre… Nous tombons sur Luc et Jazz, les Zurichois que nous avions rencontrés il y a quelques mois au sud du Chili. Dommage que nous n'ayons pas réussi à nous voir plus tôt afin de passer un peu de temps ensemble. Dans une semaine, ils doivent être à Valparaiso au Chili pour le retour de leur véhicule en Suisse.

Après avoir recouvert le châssis d'un apprêt d'huile, nous nous lançons sur le fameux Salar. Huuuum, ça commence bien, il faut d'abord passer une zone de sel submergée d'eau. Ca passe… C'est parti pour une centaine de kilomètres au milieu de rien pour rejoindre une des îles. C'est hallucinant, nous avons l'impression d'être sur la neige, mais non. Nous avons l'habitude de voir les montagnes enneigées et les plaines brunes. Ici c'est l'inverse, les montagnes sont brunes et la plaine est blanche. Vu qu'il n'y a pas de piste marquée, nous suivons simplement un point GPS comme si nous naviguions en bateau. Un peu plus au nord, un peu plus à l'ouest. L'Isla de los Pescadores est un tas de rochers où poussent des centaines de cactus. Le coucher du soleil dure pour toujours. Je n'ai jamais vu le ciel recouvert d'une voie lactée aussi intense. Pas un bruit, la calme total, ça fait du bien…

Après le paradis, nous revoilà sur des routes qui sont pour nous mais surtout pour notre véhicule un véritable enfer. Après avoir perdu le pot d'échappement entre Atocha et Uyuni, l'effet tôle ondulée devient de plus en plus intense et ne nous donne aucun répit. Les freins sont de plus en plus déréglés, un des caoutchoucs d'une suspension a lâché, des connections électriques se débranchent, les visses se dévissent et notre consommation d'huile est passé à 1 litre par 100 kilomètres. L'essence est une denrée plutôt compliquée à trouver. Soit elle est subventionnée et ils refusent de nous en vendre, soit ils n'ont pas le droit de remplir les jerricans, soit ils ont des chutes de tension et il faut reprendre le calcul du nombre de litre déjà rempli, ou tout simplement ils sont en rupture de stock.

Les villages que nous passons sont des villages fantômes plutôt poussiéreux où la route de terre ressemble plus à un champ de mine. Par où est la sortie ? Soit il faut rouler sur la ligne de chemin de fer, soit il faut traverser une rivière. Ca craint ! Heureusement qu'il y a quelques troupeaux de lamas de temps en temps pour nous remonter un peu le moral.

Nous arrivons tant bien que mal à La Paz et mettons tous nos espoirs sur Ernesto Hug, un garagiste Suisse spécialiste en véhicule VW comme le notre. En attendant, notre GPS nous guide par le chemin le plus rapide où le plus court. Depuis l'altiplano à un peu plus de 4000 mètres d'altitude, nous plongeons dans le cratère sur une route vertigineuse. Woooww, pourvu que nous ne perdions pas les freins ici car nous n'aurons aucune chance de nous arrêter. C'est un peu comme de descendre le Salève sur une route sans zig-zags. Avec le frein moteur sur la première vitesse, la pédale de frein enfoncée, la main sur le frein à main et des sueurs froides, nous arrivons devant le garage. C'est dimanche et il faudra encore attendre le lendemain pour avoir le bilan. En attendant, nous continuons jusqu'à l'hôtel-Camping Oberland, appartenant à un autre Suisse. Le problème est qu'il est situé dans la vallée de la lune, et il faut remonter. Avec la première, bouboubouboubou. Non ! On arrive plus à monter. On ressaie, ouf ça marche. Encore une montée plus raide. Cette fois, il n'y a pas moyen. Et ça tombe bien car c'était le mauvais chemin. La route d'à côté est moins raide et nous arrivons avec un grand soulagement à l'hôtel. Aless essaie d'identifier le problème du moteur. Il démonte les bougies et s'aperçoit qu'une d'entre elle est non seulement fermée mais recouverte d'huile. Le reste c'est pour demain. En attendant, une bonne douche chaude et surtout une bonne soirée raclette !

Nous faisons la rencontre de Christine et Christophe, des Autrichiens avec un gros bus VW diesel tout confort. Ils ont eux aussi besoin des services d'Ernesto et nous proposent d'y aller ensemble. En cas de problème pour monter, ils nous tireront.

Le lendemain, avec un bruit d'enfer (sans pot d'échappement) et la première vitesse qui a reprit un peu force, nous arrivons au garage. Après deux jours pour démonter le moteur, un des cylindres est bel et bien endommagé. Il faudra deux semaines pour remettre notre véhicule sur pieds. En attendant, nous décidons de continuer avec les transports en commun en direction du lac Titicaca ainsi que Cusco avec Béatrice qui a son vol de Lima le 10 juillet.

Depuis Copacabana, nous visitons l'île du Soleil. Au port, des dizaines d'ânes attendent le déchargement des bateaux afin de transporter les kilos de nourriture et boissons pour le ravitaillement des épiceries et restaurants à quelques centaines de mètres plus haut. Les cultures sont placées en escaliers afin d'optimiser l'espace sur les collines. A l'horizon, nous pouvons apercevoir d'autres petites îles, mais surtout une magnifique chaîne de montagne enneigée.

C'est parti pour le Pérou !

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Bolivie, de retour 1 mois plus tard

De retour à La Paz, les réparations sur notre véhicule ne sont pas terminées, il faut encore attendre quelques jours supplémentaires, soit trois semaines au total. En attendant, nous passons quelques jours dans un petit hôtel au centre ville et en profitons pour faire l'excursion de la « route de la mort » à vélo. Quatre-vingts kilomètres de pure descente depuis La Cumbre à 4700 mètres d'altitude, jusqu'à Coroico à 1200 mètres. Durant la première heure de descente on peut vraiment se laisser aller à pleine vitesse puisque la route est goudronnée. Pour les trois heures suivantes, il faut un peu plus de précautions car la route n'est guère plus large qu'un camion, le précipice de 300 mètres de hauteur, le brouillard et le mélange de pierre et terre n'arrangent pas les choses. Le paysage des montagnes et de la vallée est superbe. Durant la dernière heure de descente, nous nous rapprochons de la zone tropicale de l'Amazonie, il fait chaud, humide et les moustiques nous tiennent compagnie… Il y a environ quatre ans, une route alternative et goudronnée a été construite, la majorité du trafic ne passe donc plus par cette route, mais elle n'est pas fermée à la circulation. Durant la descente, il y a trois personnes de notre groupe qui sont tombées, donc une avec une côte fracturée. Fort heureusement, ils ne sont pas tombés du côté du vide…

Le vendredi, nous récupérons notre van et passons une nuit dans le garage d'Ernesto Hug. Au final, notre moteur a été remis à neuf, les cylindres et pistons ont été changés, un nouveau pot d'échappement a été adapté, nous avons quatre amortisseurs neufs, ils ont fixé une attache du câble d'embrayage qui ne tenait plus et essayé de réparer une petite fuite de la boîte à vitesse. Une facture de 1900 USD au total. Il y a plus qu'à « roder » le moteur afin de tester tout ça.

Afin de visiter le parc national de Madidi dans le bassin de l'Amazone, nous partons pour Rurrenabaque à environ 450 kilomètres de La Paz en repassant par le col de La Combre. La route est goudronnée sur une centaine de kilomètres avant de laisser place à une piste en terre et un changement de sens de circulation. Nous roulons à gauche, du côté du précipice. A 14h30, nous voilà bloqués, la route est fermée pour cause de travaux jusqu'à 18h. Comment peuvent-ils fermer une route sans en informer personne ? Après trois heures trente d'attente, nous voilà pris dans le rythme des chauffards qui se croient sur une piste de rallye. Avec notre van, nous ne pouvons pas aller à plus de 25 kilomètres heure car la route est très étroite. Après avoir évité l'accident de justesse, nous décidons de laisser passer les fous furieux sur un mini-accotement. Après le passage de quelques voitures, il y a tellement de poussière que les véhicules suivants ne peuvent plus nous voir. Les voitures nous frôlent, nous évitent de justesse. Une touchette suffirait à nous pousser dans le ravin. Ouff, un moment de répit et nous pouvons reprendre la route pour à peine une demi-heure avant la nuit. La route n'est gère plus large qu'un camion, nous n'y voyons rien, les Boliviens roulent n'importe comment. J'ai des picotements dans les mains, les pieds, j'ai l'impression que je vais tomber dans les pommes. Gros coup de panique ? Où ne suis-je plus habituée à autant d'oxygène ? Ca fait environ huit semaines que nous ne sommes pas descendus à 800 mètres d'altitude. Des Boliviens avec qui nous avions bavardés en attendant l'ouverture de la route nous proposent de quitter la route principale afin de rejoindre la communauté où ils se rendent. En chemin, nos roues arrière se coincent dans une fente de terre et c'est avec une corde que leur 4x4 nous sort de là, dans la nuit noire.

Au petit matin, nous profitons de cette chaleur tropicale pour retrouver nos esprits en nous baignant près d'une cascade. Après une heure de route, nous retrouvons la fameuse route nationale. Elle est toujours aussi mauvaise, mais au moins il fait jour et il n'y a pas beaucoup d'autres voitures puisque la route est fermée à une vingtaine de kilomètres de là. Nous passons finalement le village de Caranavi et continuons sur une route de montagne sinueuse. A vingt kilomètres de là, nous sommes confrontés à un nouveau barrage, ouverture après 18h. Il commence à pleuvoir. Nous avons fait 180 kilomètres depuis La Paz, même pas la moitié du chemin en deux jours ! Notre envie de visiter le parc national n'arrive pas à prendre le dessus. Nous baissons les bras et rebroussons chemin jusqu'à Caranavi dans la boue. A 5h30 du matin, dans la nuit noire, nous reprenons la route en direction de La Paz afin d'essayer de passer les zones de travaux avant la fermeture de la route à 8h. Oufff, nous y arrivons à 7h45. Il n'y a plus qu'à remonter à une altitude de 4000 mètres dans le brouillard, sous la pluie.

Nous passons encore deux jours à La Paz avant de partir pour le parc national de Sajama, près de la frontière avec le Chili. Une fois n'est pas coutume, la route est barrée par des manifestants. Nous suivons les voitures essayant de contourner le barrage par une route de terre. Après quelques centaines de mètres, nous voilà face à une montée de terre super raide. Un camion est bloqué en plein milieu, d'autres voitures doivent s'y prendre à plusieurs reprises pour atteindre le sommet. Va-t-on y arriver ? Un autre véhicule fait demi-tour et nous informe que la route principale a été ré-ouverte. Ca tombe bien ! Nous rebroussons chemin et continuons notre route jusqu'au parc national où nous espérons revoir nos amis Six en Route, un couple de Suisse (Véro et Thierry) faisant le tour du monde avec quatre enfants (Max, Loane, Sam et Zoé), rencontrés en Inde il y a environ un an et demi. Nous passons une partie de l'après-midi à les attendre à l'entrée du parc. A l'heure du crépuscule, ils ne sont toujours pas là et nous décidons d'aller passer la nuit près des geysers.

Après l'histoire de Rurrenabaque, voici l'histoire du Parc National de Sajama. Pour atteindre les geysers à une douzaine de kilomètres de là, il faut tout d'abord traverser une rivière, ce qui est devenu une habitude en Bolivie. D'ailleurs Aless a bien pris confiance en lui. Je vais voir la profondeur ? Non pas besoin, affirme-t-il ! On prend de l'élan et on y va. Oups, notre par-choque butte contre un banc de sable, nous calons. Le moteur ne démarre plus. Le pot d'échappement est complètement noyé sous l'eau. La rivière est peut-être un peu plus profonde qu'on l'avait imaginé. L'eau commence à s'infiltrer par les portes et nous finissons avec dix centimètres d'eau à l'intérieur. Une femme nous dit qu'il fallait prendre plus à gauche. Merci, mais c'est un peu tard… Après avoir couru au village pour trouver de l'aide, c'est un 4x4 qui nous sort de là pour la somme de 100 Bolivianos (12 CHF). Il faudra encore beaucoup de patience pour faire démarrer le moteur qui a pris un peu d'humidité. Dans la nuit, nous nous dirigeons à l'aveuglette jusqu'aux geysers que nous ne découvrirons que le lendemain matin. Peu après notre retour au village, nous retrouvons nos amis. Nous profitons des derniers rayons de soleil en nous relaxant dans un super bain thermal naturel avec une magnifique vue sur le Nevado Sajama (plus haut sommet de Bolivie), ainsi que les deux volcans avoisinants. Malgré l'altitude de 4200 mètres, nous passons une bonne nuit sous un ciel étoilé.

Deux jours plus tard, nous nous retrouvons à la Laguna de l'Ojo del Inca formée par le cratère d'un volcan à une vingtaine de kilomètres de Potosi. Nos amis sont cette fois-ci accompagnés de Mathilde et Clément, deux français voyageant avec une Coccinelle Volkswagen. Nous passons une super soirée tous les dix à savourer la succulente lasagne végétarienne préparée avec amour par Véro.

A Potosi, nous visitons le charmant centre historiques, ses places et bâtiments de style colonial. Après un peu d'hésitation, nous décidons de visiter la mine du Serro Rico, accompagnés d'un guide. Ce n'était pas loin de ce que j'avais imaginé. C'est sombre, c'est poussiéreux, les miniers travaillent encore beaucoup manuellement. La mine est un vrai fromage, il y a des tunnels de partout, des échelles permettent de se rendre dans les étages, supérieur ou inférieur. Ce qui m'a déplut, c'est la partie « politique » de la visite. C'est le guide qui choisi quel travailleur prendre en photo et le récompense qu'un cadeau (feuille de coca, boisson gazeuse, tabac, alcool, gants, dynamite, etc.) que nous avons préalablement achetés au marché de la mine.

Nous nous baladons dans l'étroite ruelle du Mercado Municipal de Potosi. Aless marche devant moi. Une femme me tournant le dos est distraite par sa conversation téléphonique et bloque le passage. Je veux dépasser par la droite, elle bouge à droite, je me mets à gauche, elle bouge à gauche. Derrière moi le ralentissement commence à créer un bouchon et ça pousse. J'ai une étrange sensation. Je me cramponne à mes valeurs. Un homme venant en sens inverse m'éternue à la figure. Beurk !!! Je ne lâcherai pas mes affaires ! Je fonce vers Aless qui m'attend à une dizaine de mètres plus loin et découvre que la lanière de ma petite sacoche a été découpée. Victime d'une manigance ?

Nous continuons pour Sucre, l'ancienne capitale Bolivienne. Basée à une altitude de 2600 mètres, la température est bien plus agréable. Nous pouvons ressortir les tongs et les manches courtes. Le dimanche, c'est jour de marché à Tarabuco. C'est l'occasion de voir des travaux de tissage ainsi que des locaux vêtus du costume traditionnel. Pour nous, ce n'est rien de nouveau, au contraire, ça ne parait pas authentique, car trop touristique. Nous passons aussi une journée sur la Cordillera de los Frailes où nous pouvons voir des peintures rupestres, puis visitons le village de Maragua situé dans un cratère.

Nous rejoignons nos amis Six en Route à Cochabamba le jour du cortège de la fête national puis continuons notre chemin ensemble en direction du Pantanal. La route pour Villa Tunari remonte de 2600 mètres d'altitude à 3600 mètres avant de replonger à 290 mètres sur une distance d'une centaine de kilomètres. Nous profitons du retour de la chaleur et de l'humidité pour faire une journée de baignade en bivouaquant dans le nid de la rivière à Villa Tunari. La journée, ce lieu se transforme en laverie de voiture, lieu de lessive et de baignade. La nuit, des petites barques bien silencieuses descendent la rivière de manière très discrète. Un moyen de transit afin d'esquiver les contrôles militaires sur la route principale ? Qui sait… En tout cas, de jour comme de nuit, ce sont des centaines de mouches de sable qui nous dévorent.

Nous continuons par Buena Vista, puis coupons par Montero afin de rejoindre la boucle conduisant aux missions Jésuites. Un dos d'âne bien dissimulé fait voler Casita ainsi qu'une des tables qui vient sauter sur le pied de Loane. Résultat, trois points de suture. Nous voici face à un premier obstacle. Peu après Okinawa, la piste en terre consolidée se transforme en piste bien défoncée, puis plusieurs bancs de sable viennent se mettre sur notre chemin avant de donner place à une rivière. Y a-t-il un pont ? Un ferry ? Ou faut-il une fois de plus traverser à la « nage » ? Il y a un pont conçu de deux barges mises bout à bout, des planches servant de raccord. Ca passe sans trop de difficulté pour nous, mais avec un peu plus d'appréhension pour grande sœur Casita.

C'est à San Javier que nous découvrons la première église d'une des missions Jésuite qui fût construite en 1692, soit une des plus anciennes de la région. A une trentaine de kilomètres de Conception, nous passons une agréable soirée au bord d'une lagune où se baignent nos amis les Capibaras. Nous continuons par Conception, Santa Rosa puis San Ignacio de Velasco. A une cinquantaine de kilomètres de San José de Chiquitos, nous quittons la route afin de visiter une colonie de Mennonites. En demandant notre chemin à de jeunes Mennonites travaillant dans les champs, nous nous rendons compte de leur niveau d'espagnol très limité. A l'épicerie de la communauté, nous trouvons du fromage plutôt salé et élastique ainsi qu'un peu de pain ne ressemblant en rien à du pain maison. Ils nous invitent à passer la nuit dans la cour de l'épicerie et à assister au procédé de fabrication du fromage. Ils sont plutôt curieux et profitent de notre visite pour poser des questions sur notre mode de vie, sur la valeur de l'argent en Europe, sur les différentes langues que nous pratiquons, etc. Ils parlent un dialecte Allemand et apprennent l'espagnol à l'école, mais n'ont pas beaucoup l'opportunité de le pratiquer. Ils vivent sans électricité, mais utilisent des bouteilles de gaz pour cuisiner ou produire de la lumière. Les tracteurs fonctionnent avec un moteur, mais les pneus sont remplacés par des roues en fer cloutées. Par leurs questions plutôt innocentes, nous pouvons nous rendre compte que de vivre à huit clos, limite leur culture générale sur le « monde extérieur ».

Sur le chemin des missions, Six en Route ont un petit problème de capot qui ne ferme plus, la batterie a un mauvais contact, l'enrouleur du storre casse, ensuite ils ont droit à une crevaison, puis une petite panne électronique qui est vite résolu. De notre côté, le van recommence a faire signe de faiblesse au niveau de la consommation d'huile moteur…

Nous retrouvons la route asphaltée à San Jose de Chiquitos où nous passons une nuit à l'hôtel/camping Villa Chiquitana et profitons de nous rafraichir dans la piscine. A une trentaine de kilomètres de là, notre moteur se met à faire un bruit de casserole, puis lâche pour la deuxième fois. Nos amis Six en Route nous remorquent sur plus de cent kilomètres jusqu'au village de Roboré où nous sommes guidés jusqu'au garage de Katty. C'est lundi, il est 17h, trois mécaniciens se mettent déjà au travail. En quelques heures, le moteur est descendu, les pistons et cylindres démontés. Les nouvelles de sont pas bonne. Il faut rechanger le kit complet, qui je le rappelle a été changé il y a moins d'un mois, soit 3000 kilomètres parcouru depuis la réparation chez Ernesto Hug. En plus d'une usure plutôt surprenante pour la distance, une des bielles permettant le mouvement d'un des pistons n'est pas bien attachée car le coussinet s'est désintégré. Le lendemain, le vilebrequin est envoyé à Santa Cruz afin d'être machiné.

En espérant recevoir les pièces de rechange le jeudi matin, nous acceptons l'invitation de Six en Route et embarquons dans Casita jusqu'à Aguas Caliente. Imaginez prendre un bain chaud lorsque l'air est à quarante degrés. Au Balneario El Hervido, le bain est remplacé par une rivière incroyablement chaude où le fond de sable nous cache des surprises. Des sources dissimulées forment des trous de sable mouvant. Nous nous enfonçons doucement jusqu'aux épaules, avant de nous faire gentiment expulser vers le haut. Ce phénomène est vraiment amusant. Le soir, nous mangeons une raclette sur un feu de bois avec du fromage acheté quelques jours plus tôt chez un fromager Suisse. C'était TROP BON !!

Le lendemain, nous faisons trois kilomètres supplémentaires jusqu'au Balneario El Puente. Cette fois l'eau d'une rivière aux couleurs translucide est à parfaite température. Nous passons la journée à patauger et sauter d'un tronc d'arbre sans sentir le besoin de sortir se réchauffer ou se rafraichir.

Le moteur de Zorro, saison 2, épisode 1 : Jeudi matin, nos amis nous reconduisent à Roboré afin de voir si les pièces sont arrivées. A l'entrée du village, une manifestation qui était sensée se terminer après 24 heures, a été prolongée à 48 heures. Ca sera pour demain.

Le moteur de Zorro, saison 2, épisode 2 : Vendredi matin, de retour à Roboré, les pièces sont toujours à Santa Cruz et nous sommes informés qu'elles arriveront samedi matin. Si c'est le cas, les mécaniciens travailleront le week-end. En attendant, nous continuons à loger dans Casita et passons la nuit au bord d'une rivière près du village.

Le moteur de Zorro, saison 2, épisode 3 : Samedi matin, les pièces sont là. A 14h30, tout le monde se met au travail pour remonter le moteur. A 19h, au moment de remonter les soupapes, nous nous rendons compte que les cylindres reçus ne sont pas exactement les mêmes. Retour à la case départ. Un échantillon est renvoyé à Santa Cruz afin d'essayer de trouver la bonne taille. Il sera envoyé lundi soir, donc livré à Roboré le mardi matin. Après presque une semaine à visiter la région en nous attendant, nos amis Six en Route continue leur chemin en direction de la frontière.

Le moteur de Zorro, saison 2, épisode 4 : Lundi, nous sommes informés que le magasin de pièces à Santa Cruz a de la peine à trouver la bonne taille de cylindre. Dans l'après-midi, ils trouvent finalement le cylindre correspondant à notre moteur. Entre temps, notre ami Brésilien Toco qui nous attendait près du Pantanal depuis quelques jours nous rejoint à Roboré.

Le moteur de Zorro, saison 2, épisode 5 : Mardi matin, les pièces en main, chacune d'entre elles sont vérifiées avant d'initier l'assemblage du moteur. Les segments reçus ne sont pas adaptés à la taille des pistons. Les bons segments vont être envoyés depuis Santa Cruz dans la matinée et devraient être livrés vers les 19h le soir même. Quelque chose nous retient dans ce petit village depuis plus d'une semaine. Il doit y avoir une raison, mais nous ne la connaissons pas… En un mot : Patience, patience, patience ! Nous sommes livrés à 20h, il est trop tard pour commencer l'assemblage.

Le moteur de Zorro, saison 2, épisode 6 : Les pièces sont là, la forme des pistons n'est pas exactement la même que ceux que nous avions, mais ce n'est apparemment pas un problème. A 9h, tout le monde se met en mouvement pour le nettoyage et assemblage des pièces. A 17h, les pistons et cylindres remontés, ils font tourner le vilebrequin pour vérifier la bonne installation des pièces. Surprise, surprise ! Le moteur ne peut pas tourner car les pistons sont trop longs et buttent contre la culasse.

Le moteur de Zorro, saison 2, épisode 7 : Jeudi matin à 7h, Aless et Toco partent pour Corumba au Brésil avec un échantillon du piston et du cylindre afin de trouver le jeu de pièces de taille correcte. A 17h le jour même, ils reviennent avec le sourire. Après 30 minutes au Brésil, ils avaient déjà trouvé le kit, un poil plus cher qu'en Bolivie, certes, mais après une semaine et demie d'attente, on a peut être une chance de pouvoir reprendre la route. Toute l'équipe se met au travail, de nuit, ils assemblent le moteur pièce par pièces jusqu'à minuit.

Le moteur de Zorro, saison 2, épisode 8 : Vendredi matin, 8h30, il n'y a plus qu'a mettre les finitions et remonter le moteur sur van avant de pouvoir mettre la clé au contact. Ca ne démarre pas. Est-ce la batterie ? Le démarreur qui ne marchait déjà pas très bien ? Autre chose ? Nous nous faisons tirer afin de démarrer en deuxième vitesse. Ca fonctionne. Après un petit tour d'essaie, nous découvrons une fuite d'huile. Il est 17 heure, ils redescendent le moteur, changent un joint, puis le remonte de nuit. La fuite perdure. Le lendemain matin, Aless ouvre les culasses afin d'en assurer l'étanchéité et découvre un petit joint qui se ballade. C'est assez. Nous referons une visite chez un mécanicien au Brésil.

En résumé, dans le premier kit de remplacement que nous avons reçu, les cylindres étaient légèrement trop courts, mais les pistons étaient bons. Dans le deuxième kit reçu, les cylindres et les pistons étaient bons, mais les segments ne correspondaient pas à la taille des pistons. Dans le troisième kit reçu, les cylindres et les segments étaient bon, mais les pistons étaient trop longs. Vu qu'ils ne peuvent pas prendre les cylindres d'un kit et les pistons d'un autre, tout se complique…

Après avoir fait découvrir les Balnearios d'Aguas Caliente à notre ami Toco, nous l'accompagnons jusqu'à Corumba d'où il repart en bus. Nous en profitons pour faire contrôler et régler notre moteur avant de revenir à Puerto Quijarro du côté Bolivien de la frontière.

Nous retirons un permis pour la visite du parc national Pantanal de Otuquis à la mairie de Puerto Suarez, puis suivons la piste bordée de marécages, escortés par des dizaines de hérons et d'énormes tuyuyu. En chemin, nous avons la chance d'apercevoir quelques caïmans et un cerf, mais ici c'est la quantité et la diversité d'oiseaux qui nous a le plus frappé. Des hérons, des aigrettes, des martins pêcheurs, des perruches, des tuiuius, des éperviers, des toucans et bien d'autres espèces. Après avoir passé la nuit en pleine nature, nous sommes raccompagnés par nos amis les toucans.

Bolivie, voyage en compagnie : Nous avons tout d'abord été accompagnés par Béatrice, ma mère. Nous avons ensuite goûté au voyage en famille avec Véro, Thierry, Max, Loane, Sam & Zoé. Trois ans de voyage autour du monde avec quatre enfants, ça demande de l'organisation, un peu de discipline scolaire, le respect de l'espace de chacun, mais quand tout le monde met la main à la pâte, ça roule. Nous les avions brièvement rencontrés à Verkala en Inde, le temps d'une soirée. Après avoir suivi leur périple à travers leur blog pendant un an et demi, nous avons enfin eu l'opportunité de se connaitre et de découvrir chaque personnage de manière plus personnelle. Sans s'imposer de rythme, nous avons fait la route ensemble pendant deux semaines. Durant leur voyage, ils sont eux aussi devenus végétariens et ça a bien facilité le choix des menus. Le partage des repas nous a permis de diversifier les saveurs et les façons de cuisiner. Pizza, crêpes et raclette au feu de bois, lasagnes et spaghetti bolognaise à base de viande de soja, pommes au curry, diverses salades et même des tartelettes au citron... Lorsque nos chemins se sont séparés, nous avons eu une deuxième visite de notre ami Brésilien Toco. Il est venu en avion pour visiter le Pantanal avec nous. Résultat, il a passé près d'une semaine avec nous à Roboré à nous soutenir dans la réparation du moteur. Il est reparti avec le sourire, sans avoir vu le Pantanal, mais cette expérience lui aura permis d'avoir un avant-goût de la Bolivie et surtout d'avoir pu connaitre les rivières magiques d'Aguas Caliente…

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Bolivie, de retour 2 mois plus tard

Le Paso de Jama n'est que la pointe de l'iceberg. Une fois le col frontière entre l'Argentine et le Chili à 4200 mètres passé, la route continue à monter jusqu'à 4840 mètres d'altitude à travers des paysages désertiques, parsemé de restants de neige sculptés par le vent. A 4700 mètres d'altitude, avant la descente sur San Pedro de Atacama, nous bifurquons sur la Bolivie afin de visiter la région du Sud Lipez, dans le parc national Eduardo Avaroa. Les avis divergent, certains voyageurs nous confirment que les pistes sont navigables avec notre genre de véhicule, d'autres nous découragent de nous lancer car le risque de nous ensabler ou d'endommager notre véhicule est trop grand.

Si nous avons choisi de ne pas voyager en sac-à-dos dans cette partie du monde, c'est justement pour pouvoir jouir de la liberté d'aller à notre rythme et de nous arrêter où nous voulons et quand nous voulons. L'idée de visiter cette région de manière express avec un tour ne nous enchante pas. Nous tentons donc notre chance…

Après avoir passé l'immigration et payé l'entrée du parque national (150 bolivianos ou 15'000 pesos chilien par personne, donc beaucoup plus avantageux d'arriver avec des Bolivianos), nous commençons par longer la Laguna Blanca, bordée de quelques flamants roses et reflétant les sommets enneigés, puis rejoignons la magnifique Laguna Verde à 4300 mètres d'altitude. Il est midi, un léger vent s'est levé et la couleur de l'eau parait irréelle. Avec le temps, les 4x4 ont créé des pistes alternatives à la piste principale. Certaines sont bien creusées et nous sommes obligés de naviguer à cheval entre les ornières et la bande latérale en escaladant de gros cailloux. Le châssis touche quelques gros cailloux, mais heureusement, c'est sans conséquence que nous parvenons à rejoindre la piste principale menant à la Laguna Chalviri en passant par de magnifiques décors de roches colorées et des dunes de sable. Nous profitons de l'après-midi pour nous baigner dans les bains thermaux à 4300 mètres d'altitude afin d'essayer de nous remettre d'un léger mal d'altitude. Nous n'irons pas plus loin pour aujourd'hui.

Au levé du soleil, nous savourons la chaleur des bains avant l'arrivée de la masse touristique, puis rejoignons la Laguna Colorada. Le paysage est à couper le souffle. Installés sur une plage, nous passons une bonne partie de la journée à observer les milliers de flamants roses parsemant la lagune. Quelques véhicules touristiques s'y arrêtent pour laisser les passagers prendre quelques photos express avant de continuer leur tour organisé.

Dans l'après-midi, nous rebroussons chemin et bifurquons pour rejoindre la douane à 5020 mètres d'altitude afin de faire les formalités du véhicule. Le mal de tête s'installe instantanément. Le fonctionnaire nous fait les papiers d'entrée et de sortie du pays en même temps. En redescendant, nous nous arrêtons au Geysers Sol de Mañana. On se croirait sur la lune ! Le sol est parsemé de cratères rempli de boue, d'eau sulfurisée à ébullition ou de fumerolles éjectant de la vapeur d'eau. Les multiples pistes permettant de rejoindre la route principale semblent plus difficiles les unes que les autres. Nous nous lançons pour un parcourt du combattant à travers sable, ornières, gros cailloux et un moteur dont l'altitude a enlevé toute puissance. Les mains moites, le cœur s'emballant, nous retenons notre respiration. En pleine perte de vitesse avec le van roulant en crabe, Aless lance : « Nous n'y arriverons pas » ! Quelques minutes plus tard, c'est avec un énorme soulagement que nous rejoignons la route de tôle ondulée… Avec le recul, nous nous sommes rendu compte qu'il est plus indispensable d'avoir une certaine garde au sol (hauteur du châssis) que d'avoir un vehicule à quatre roues motrices. Nous passons une dernière nuit paisible près des bains thermaux avant de retourner à la Laguna Verde.

Cette fois il est 10 heures du matin, le vent ne s'est pas encore levé et le magnifique volcan Licancabur se reflète dans l'eau. Peu après notre arrivée, nous pouvons apercevoir une ligne turquoise avançant sur la lagune à vue d'œil. En une quinzaine de minutes, le vent s'est levé et la lagune a repris sa couleur surréaliste. Après trois jours dans des décors somptueux, nous quittons la Bolivie pour rejoindre San Pedro de Atacama au Chili.



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