Cambodge

Après le passage de la frontière, je m'arrête à Stung Treng, un bled poussiéreux ou les touristes ne sont là que pour transiter. De mon côté, ça sera le point de départ d'un périple à vélo de trois jours sur le Mékong Discovery Trail. Il s'agit d'un itinéraire d'environ 110 kilomètres longeant le Mékong et traversant plusieurs îles atteignables en bateau. Suite aux restrictions de pêche afin de protéger les dauphins Irrawady dans la région, ce parcourt vise à apporter une entrée d'argent alternative aux communautés de pêcheurs.

Je fais la rencontre de Marine et Lennon, un couple ayant parcouru environ 300 kilomètres à vélo depuis Siem Reap jusqu'ici. Ils en ont pleins les jambes et ont déjà réservé un bus pour Kratie. Après leur avoir expliqué le parcourt, ils se regardent le sourire au coin des lèvres...

Nous faisons envoyer nos sacs directement à Kratie, je loue un VTT chez Xplor Asia et nous nous mettons en selle. Des les premiers kilomètres, les enfants nous lancent des HELLOOOOO qui résonneront tout au long de ce voyage. Les mémés aux visages ridés assises sur le porche de leur maison éclatent de rire en me voyant passer. Nous roulons de village en village sur une piste en terre rouge et découvrons la vie rurale des habitants. Nous passons la première nuit chez l'habitant sur l'île de Koh Preah et nous sommes les seuls touristes. Afin que tout le village puisse bénéficier de cette source de revenu, un système de rotation a été mis en place. Dans le village, nous découvrons le quotidien des femmes, travaillant le riz étape par étape de la graine jusqu'aux nouilles.

Cette deuxième journée commence par deux heures de bateau pour rejoindre l'île de Koh Phdau. En cette période sèche, des rapides se forment, des petits bancs de sable apparaissent et notre capitaine se fraie un chemin entre les îlots afin d'éviter des rochers dévoilés par la baisse des eaux. Les arbres poussant presque à l'horizontale témoignent de la force du courant durant la saison des pluies. Après nous être fait déposés sur les berges de l'île, nous pédalons toute la journée sur une piste de terre et sable, serpentant dans une forêt aux couleurs d'automne. J'ai l'impression d'avoir été téléportée sur un autre continent, peut-être en Afrique, à l'affut d'un lion ou de girafes dans la savane :-) Il n'y a pas un bruit, si ce n'est celui des perroquets qui s'envolent à notre passage. Le paysage est sublime et la piste est amusante. Il nous faudra presque 6 heures sous un soleil brulant et sans traverser aucun village pour faire les 40 kilomètres jusqu'au village de Kho Phdau. Nous y trouvons une maison d'hôte, mais elle semble momentanément fermée en l'absence de la propriétaire. Les voisines s'organisent. L'une d'elles ouvre la maison et installe des matelas et moustiquaires sur le plancher. En début de soirée une autre voisine nous apporte le repas qu'elle nous a cuisiné. Personne ne parle anglais, mais avec quelques gestes et un peu d'imagination on se comprend. En me baladant dans la rue du village, les enfants sortent des jardins en courant pour me saluer. Une petite fille se jette dans mes bras. Sa mère semble tout aussi étonnée que moi... Accompagnée de ses copines, nous admirons un sublime coucher de soleil.

Le lendemain, nous embarquons sur le ferry qui nous conduit à la terre ferme. Plus que 40 kilomètres d'asphalte pour rejoindre Kratie. C'est ici que le voyage à vélo de Marine et Lennon se termine. De mon côté, j'ai envie de prolonger cette magnifique expérience le long du Mékong. Marine me fait gracieusement cadeau de son VTT que j'équipe d'un porte bagage. J'y installe une planche pour stabiliser mon gros sac à dos et me voilà prête pour continuer en solo jusqu'à la prochaine ville, Kompong Cham à environ 120 kilomètres de là. Une route en asphalte relativement peu fréquentée continue à longer le Mékong. Toujours immergée dans la vie rurale, je traverse des communautés musulmanes, dont chaque village a une petite mosquée. En descendant du ferry à Stueng Trang, un garçon vient à ma rescousse et m'aide à pousser mon vélo jusqu'en haut de la piste. "Ar Kun Tom Tom !"

Après une bonne nuit de repos dans un guest house de la ville, je suis prête pour ma dernière ligne droite jusqu'à Kompong Cham. En route, je m'arrête à la pagode de Hanchhey, perchée sur une colline. La pente est tellement raide qu'après 10 mètres, je dois rebrousser chemin. Avec mon gros sac, impossible de monter, même pas en poussant le vélo. Je demande à une dame de garder mon vélo et mon sac le temps que je monte au temple et redescende à pieds. Le site offre une magnifique vue panoramique sur le Mékong. Au retour, elle me tend sa photo passeport et me fait comprendre qu'elle aimerait bien une photo de moi... Lorsque je vois combien ça fait rire et plaisir aux gens de se voir en photo, je me dis : Vive le polaroïd !

Ce petit périple à vélo était le meilleur moyen de découvrir la vie rurale des habitants et avoir un contact absolument authentique avec la population locale. Ils ne sont pas habitués à voir des touristes, la preuve, en cinq jours je n'en ai pas croisé un seul, mis à part ma nuit à Kratie.

Cliquez ici pour voir la vidéo du trip à vélo le long du Mékong.

Arrivée à Kompong Cham, je me rends à la colline de la femme et la colline de l'homme pour y admirer la vue, les temples et les singes qui semblent apprécier l'endroit. Des mamans avec des petits bébés dans les bras se font des papouilles alors que les jeunes singes s'amusent avec tout ce qu'ils trouvent. Je me rends ensuite au Vat Nokor, un temple qui a été intégré à des ruines d'un ancien temple. Alors que je bois un jus de canne à sucre, des jeunes moines bouddhistes se joignent à ma table. Après avoir échangé quelques mots, l'un d'eux prend sont courage à deux mains pour oser me prendre en photo. De retour à Kompong Cham, je traverse le pont en bambou, un pont construit chaque année à la main après la saison des pluies. C'est un sacré travail de patience !

Dans le bus pour Siem Reap, je retrouve Christophe, avec qui nous avions passé la frontière du Laos quelques jours plus tôt et je fais la connaissance de Telissa et Benjamin. Tous les quatre, nous louons un tuk tuk afin de visiter les sites les plus éloignés. Les temples du Beng Mealea ont étés endommagés par des bombardements, ce qui a créé des montagnes de blocs de pierres dont la végétation s'est accaparée. On a presque l'impression d'être les explorateurs découvrant le site caché dans la jungle. Nous découvrons ensuite le site de Kbal Spean aussi connu sous le nom de Rivière des 1000 Lingas, dont la roche du nid de la rivière a été gravée de divers motifs mythologiques hindous. Nous terminons la journée par le temple de Banteay Srei, un petit bijou qui au vue de la délicatesse des décorations, aurait été construit par des femmes. La lumière du couché de soleil accentue encore plus la couleur rosée des pierres du temple. C'est probablement mon coup de cœur des temples d'Angkor.

Le lendemain, debout à 4h30, nous commençons cette journée par 45 minutes de vélo à la lampe frontale afin de nous rendre à Srah Srang pour un sublime levé de soleil sur le lac. Pour accompagner ce moment magique, un petit garçon nous récite un mantra nonchalant avec les deux mêmes phrases qu'il répète en boucle durant une demi-heure. (Postcard) one dollars, one dollars, one dollars, one dollars, give me candy, give me candy, give me candy, give me candy... Durant la journée nous faisons une grande boucle à vélo afin de visiter les temples importants, à l'exception d'Angkor Wat et Angkor Tom que nous gardons pour le dernier jour. N'étant pas une grande passionnée des vieilles pierres, j'appréhendais l'overdose de temples en prenant le ticket de trois jours. Finalement ça nous a permis de prendre notre temps, d'observer le chaos occasionné par les groupes guidés et surtout d'apprécier le calme et l'atmosphère de l'endroit lorsque ceux-ci s'en vont. Chaque temple est différent et chaque site a son attrait.

Après une journée de pause à profiter de la piscine du guest house, nous commençons cette troisième journée par le levé du soleil sur Angkor Wat. On est loin d'être les seuls à avoir eu cette idée, mais ça reste un magnifique spectacle. Alors que les groups écoutent les explications du premier étage d'Angkor Wat, nous profitons d'avoir le haut du temple presque à nous seuls. Nous enchainons ensuite avec Angkor Tom avant la cohue et les grandes chaleurs. Le Bayon est définitivement un autre coup de cœur. Difficile de ne pas crocher sur les centaines de visages sculptés dans la roche !

Le dernier soir, j'appelle Vilay, notre chauffeur de tuk-tuk dont la gentillesse et son histoire m'ont touchée et je lui demande de nous rejoindre à l'hôtel. Lorsqu'il apprend que je lui fais cadeau de mon vélo, il est ému et ne trouve pas les mots. Il met sa timidité et la barrière culturelle de côté et me serre dans les bras.

Je continue ma route avec Christophe pour Battambang. Aux abords du centre ville aux maisons coloniales, une zone désaffectée abrite les plus démunis installés dans les baraquements et hangars de l'ancienne gare. On pourrait passer à deux pas de ce "bidonville" sans s'apercevoir de ce qui se passe à quelques mètres d'une rue aux cafés et restaurants chics. En passant au travers de leur "campement", une dame cuisinant du manioc m'offre un morceau de son plat. Malgré la pauvreté et la misère, ils parviennent encore à garder le sourire et partager le peu qu'ils ont.

A moto, nous nous rendons au Wat Samrong, un temple qui fût converti en camp d'exécutions lors du pouvoir des Khmer Rouge. Difficile de contenir ses émotions en observant les images percutantes des bas reliefs du mémorial. Pas moins de 10'000 hommes, femmes et enfants ont êtes exécutés sur ce site. Nous visitons ensuite le temple Angkorien de Banan ainsi que les temples et les killing caves de Phnom Sampeou (autre lieu d'exécution). Aux pieds de la colline, tous les jours après le couché de soleil, des milliers de chauve souris sortent d'une grotte, créant des vagues frôlant la cime des arbres. C'est surréel !

En aval du lac de Tonlé Sap, le village flottant de Kompong Chhnang est immense. Lors d'une balade en barque, nous découvrons les maisons flottantes plus ou moins élaborées, alignées les unes à côté des autres, créant des ruelles ou les villageois se déplacent en bateau. Des embarcations livrent des énormes blocs de glaçons pour les frigos alors que l'épicier fait du porte à porte pour vendre quelques bricoles. Des câbles électriques suspendus à des bambous depuis la terre ferme alimentent des télévisions ou les machines des ateliers mécaniques. Sur les berges de la rivière, les maisons sur pilotis sont perchées à une bonne dizaine de mètres du sol. Depuis la promenade, la vue surplombant la rivière offre une belle perspective de l'activité du port. A quelques kilomètres de là, le village de Ondong Rossey est spécialisé dans la porterie. Un atelier familiale travaille à la chaîne pour la fabrication de réchauds à bois alors que d'autres sont spécialisés dans les pots ou les sculptures.

Nous passons ensuite 3 jours à Phnom Penh. Le temps de s'en mettre pleins les yeux au Palais Royal et à la Silver Pagoda et de se prendre une grosse claque au Musée du Génocide de Tuol Sleng, un lycée Français transformé en centre de torture par les Khmer Rouge. On peut y voir les cellules, les objets de torture, les goutes de sangs au sol ainsi que des milliers de photos de victimes. Seulement sept détenus sur les dizaines de milliers qui sont passés par ici ont survécus au génocide. Nous avons rencontré l'un d'entre eux, Chum Mey, âgé de plus de soixante ans, qui par le biais d'un traducteur raconte les châtiments qu'il a subi. C'est bouleversant. Les détenus étaient ensuite secrètement conduits aux champs de la mort de Choeung Ek à environ 15 kilomètres de là. Equipés d'un guide audio, nous découvrons le site où les victimes étaient exécutées de manière barbare, puis entassées dans des fosses communes. Ca fait 40 ans et pourtant des ossements et vêtements continuent à être rejetés par la terre. Dans la stupa construite en mémoire des victimes, sont exposés des milliers des cranes et ossements trouvés dans les fosses.

Nous continuons notre route en direction de la petite ville tranquille de Kampot. Avec une moto, nous explorons la région, les champs de sels, les plantations de poivre, Kep et l'île de Koh Tonsay.

Voilà un peu plus de deux semaines que Christophe et moi voyageons ensemble et c'est ici que nos chemins se séparent. A force de lui parler de la plongée, il a décidé d'aller à Koh Tao (Thaïlande) faire sa certification pour finir son voyage en beauté. De mon côté, je m'accorde quelques jours de vacances sur l'île de Koh Tonsay et de Koh Rong Samloem afin de profiter de la plage, la première en bientôt trois mois de voyage !

J'ai vraiment eu un coup de cœur pour le Cambodge, ou plutôt pour les Khmers (Cambodgiens), tellement adorables et souriants. S'ils sont parfois réservés dans les régions moins touristiques, il suffit de leur lancer un sourire pour avoir droit à un effet miroir. Combien de fois est-ce qu'on m'a invité à partager une morse ? Combien de fois me suis-je invitée dans leur jardin pour les observer en train de nettoyer du poisson, réparer les mailles d'un filet, peindre leur bateau, cuisiner, faire de la poterie ou tisser ? Il suffit de prendre le temps, de regarder autour de soi, d'être ouvert et curieux pour découvrir un Cambodge authentique.



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