Goa, Inde

En ce dimanche matin, il n'y a pas un chat dans les rues de Bombay. Les différents quartiers séparant l'aéroport de la gare semblent désertiques. Même si dans le passé je n'ai que transité par la capitale pour rejoindre où quitter l'aéroport, la ville semble plus propre que dans mes souvenirs. Peut-on s'habituer à voir la misère au point de ne plus y prêter attention ?

Lors de notre visite du Dhobi Ghat, la plus grande laverie à ciel ouvert au monde, un jeune garçon est fier de nous apprendre que ses parents vivent et travaillent dans la laverie. La lessive, c'est le travail des hommes. Le linge des hôtels et des hôpitaux est lavé, brossé et battu dans de grandes vasques en béton, puis séché à l'air libre sur de grands étendards. Les vêtements sont ensuite repassés par les femmes avant d'être livrés.

Comme dans le passé, nous sommes toujours interpelés pour être pris en photo avec des Indiens. Dans cette ville en plein essor, les vieux Nokia qui faisaient autrefois office d'appareil photos sont aujourd'hui remplacés par les smart phones.

Alors que nous gardons des souvenirs épiques de l'achat d'un simple billet de train à la gare, pour la première fois nous essayons la réservation en ligne sur le site www.cleartrip.com. Une semaine avant notre arrivée en Inde, le train est complet et nous sommes en 5ème et 6ème position sur la liste d'attente. Le jour avant le départ, notre billet est confirmé, nous avons deux lits dans un wagon couchette en classe 2AC (deux couchettes superposées avec air conditionnée). A sept heures du matin, le train quitte la gare centrale de Mumbai à l'heure. Durant ce voyage de jour, entre les différents repas qui nous sont servis, nous profitons de nos lits pour rattraper les quelques heures du décalage horaire dont nous avons de la peine à nous remettre. A cause de différents travaux sur la ligne, notre train est retardé et nous atteignons Goa avec deux bonnes heures de retard.

Pour notre première semaine à Arambol, nos amis Shola & Guido nous mettent généreusement leur maison à disposition jusqu'à leur arrivée prévue après Noël. Ca nous laisse le temps de retrouver nos marques, de chercher un logement ainsi qu'un scooter pour les semaines à venir et nous laisser immerger par les saveurs.

Le stand de Pani-Puri est au coin de la rue. Le parfait snack à l'heure du couché du soleil. Pani, c'est l'eau. Il s'agit bien sûr d'eau mélangée à pleins d'épices et herbes. Puri, ce sont des galettes qui gonflent une fois frites et forment des petites boules dont l'intérieur est vide. On fait un petit trou, y ajoute un mix à base de patate et de pois chiche, puis le pani, un peu d'oignon frais, quelques brindilles de coriandre et on enfile tout ça dans la bouche. Ce mélange de liquide aux miles saveurs inonde la bouche. Rien que de l'écrire, j'en ai l'eau à la bouche. Toujours avec les mêmes ingrédients, on y trouve d'autres petits snacks dont le Shev Puri ou le Bel Puri. Difficile de nous en passer.

La raison de ce séjour en Inde n'est pas de voyager dans le pays. Il s'agit d'un voyage intérieur, une manière de nous retrouver avec nous-même et de suivre nos inspirations. Pour commencer cette intention, nous décidons de suivre un traitement Ayurvédique de 15 jours dans le but d'une détoxification. Chaque jour, nous recevons deux heures de massages, chaque type de massage ayant un effet différent sur le corps. En plus de ces traitements, des médicaments à base de plantes nous sont administrés afin de préparer notre système pour le nettoyage final de notre système digestif. Sans problème particulier à résoudre, ce traitement nous aura permis de nous relaxer, de découvrir les différents massages ayurvédiques ainsi que de comprendre un petit peu la philosophie de la médecine Ayurvédique, qui cherche à rétablir l'équilibre et ainsi soigner la cause des problèmes et non les problèmes mêmes.

J'ai découvert "The Primate Trust" par l'intermédiaire du stand de "International Animal Rescue Goa" sur le marché d'Anjuna. Cette fondation fournit des soins à long terme pour les primates orphelins, maltraités et blessés. Ce travail est essentiel en raison de la perte de l'habitat naturel, les conflits humains provoquant une augmentation du nombre de singes blessés ou orphelins. D'autres singes sont sauvés après avoir été détenu illégalement comme animaux de compagnie dans des conditions souvent effroyables. Après avoir contacté John, il m'invité à visiter le centre. Attirée par les animaux, j'ai toujours voulu leur consacrer un peu de mon temps, mais je n'ai jamais trouvé le bon endroit, ni le bon moment. A Goa pour une durée de deux mois, ça a l'air d'être une formidable occasion pour en apprendre un peu plus sur les primates.

Quelques jours après avoir commencé le bénévolat, le centre sauve deux bébés singes dont un bébé macaque détenu illégalement pour être pris en photo avec les touristes. Agées de quelques mois, Dixie et Silva résident dans la chambre de John et ont besoin d'une présence 24 heures sur 24. Je passe donc tous mes après-midi à leur tenir compagnie. J'adore observer leur comportement, les aider à ouvrir des haricots ou cacahuètes, jouer et regarder Dixie dormir dans mes bras. Une semaine après l'arrivée de Dixie, je commence à la sortir avec une longe afin qu'elle puisse prendre l'air et faire un gâchis avec des fleurs dans le jardin. Jour après jour, je sens la complicité grandir entre nous et j'observe ses progrès d'acclimatation à son nouvel environnement. Mis à part un lit, la chambre de John n'a plus grand-chose d'une chambre à coucher. Des bambous, des branches, des cordes et des jouets suspendus ont été ajoutés pour en faire le parfait Disneyland pour singe. Dixie aime sauter d'un endroit à l'autre et m'assommer en me sautant sur la tête... Quelle bout en train cette petite !

Silva est une femelle Langur d'environ une année. Sa mère a perdue la vie après avoir été percutée par une voiture, laissant sa petite orpheline. De caractère plus timide, Silva se laisse toucher, mais ne chercher pas particulièrement le contact. Durant ma dernière semaine, j'ai participé aux différentes étapes visant à son introduction aux autres Langur du refuge. Malheureusement ce processus prend du temps et je n'ai pas la chance de pouvoir suivre toute l'évolution.

Ce fut ma première expérience de bénévolat avec les animaux et j'ai apprécié la façon dont Jo et John ouvrent leur maison aux volontaires, leur donnant la possibilité de venir selon leur disponibilité. Certains aident le personnel pour le soin quotidien des singe (marche, alimentation, nettoyage), tandis que d'autres viennent avec des idées ingénieuses sur le recyclage d'objets divers en jouets pour singe.

Pour moi qui ai la hantise des routes Indienne, cette expérience m'a aussi permis de prendre confiance en moi. Durant un mois et demi, j'ai fait le trajet de 45 minutes en scooter pour rejoindre le centre situé à la campagne, en retrait de la zone touristique. Le trajet à travers la campagne, le long de la rivière, passant de village en village est un voyage en soit. Tous les jours, je retrouvais les mêmes chiens ou les mêmes vaches se reposant sur leur emplacement préféré, souvent en bordure ou au milieu de la route. Je croisais les marchands déambulant à vélo signalant leur présence avec un pouette-pouette. Les femmes et les enfants me saluaient. Certaines d'entre-elles portaient des fagots de bois, des jarres d'eau ou des bacs de gravats sur la tête. Au couché du soleil, des équipes se formaient pour jouer au foot ou au criquet sur des terrains poussiéreux.

Cette liberté sur l'horaire m'a permis d'avoir mes matinées libres pour suivre des cours de yoga, me balader ou profiter de la plage. Un centre de yoga a adapté le Iyengar yoga traditionnel de manière à accommoder les postures à différents problèmes physiques avec toutes sortes de matériel. Durant trois à quatre heures, nous enchainons les postures en maintenant chacune d'entre elle durant un certain temps afin de relâcher les tensions morales et physiques.

Moi qui n'étais pas très inspirée de revenir en Inde à ce moment là, les deux mois passés à Goa ont passé beaucoup trop vite. Siddhartha et Aicha, à qui nous avions rendu visite à Curitiba au Brésil ont passé quelques jours avec nous. Nisheetha, notre amie Allemande qui habite à Goa depuis bientôt 20 ans nous a rejoints durant une semaine à Arambol. Thierry, notre ancien collègue de Genève qui globe trotte depuis 2 ans et demi a aussi réussi à se joindre à nous pour notre dernière semaine à Goa. Ce fut aussi l'occasion de passer du temps avec nos amis India, Mahima, Davide, Nirupam, Meera, Shola, Guido et autres.

C'est avec un pincement au cœur que je quitte Dixie, ce petit monstre déjà très agile et très attendrissant.



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