Iran

Voilà déjà 5 mois que je suis de retour à Genève pour travailler. Deux mois que Raphaël a pris la route au volant de son van aménagé. Quatre semaines se sont écoulées depuis ma petite escapade le temps d'un week-end à Istanbul. Et me voilà dans l'avion pour deux semaines de vacances en Iran. A l'atterrissage déjà, je prends une respiration profonde et couvre mes cheveux. C'est le début d'une nouvelle aventure. Arrivée à Tehran à 4h du matin, j'enchaine avec 5 heures de bus pour Rasht où m'attend Raphael. Un simple sourire échangé, je monte à bord du van et nous rejoignons la mer Caspienne, une mer d'huile. Malgré la fraîcheur de l'air et de l'eau, je ne peux m'empêcher de me baigner, toute habillée.

Après une bonne nuit de repos bercée par le doux bruit des vaguelettes, nous prenons la route pour rejoindre le village de Masouleh entouré de montagnes. En route, je suis surprise de découvrir des kilomètres de rizières ainsi que des plantations de thé. Masouleh est construit de sorte que les ruelles et les terrasses sont en réalité les toits des maisons qui se superposent les unes sur les autres. Installés pour la nuit sur le flanc opposé de la vallée, nous avons une vue fabuleuse sur le village ainsi que les montagnes enneigées illuminées par la presque pleine lune.

A une cinquantaine de kilomètres de là, la forteresse de Rudkhan, ancien complexe militaire est perchée sur une montagne entourée de végétation verdoyante. Les quelques courageux à avoir gravi les marches jusqu'au sommet semblent être principalement des couples à la recherche d'un lieu à l'écart des regards.

Difficile de passer inaperçu dans ce pays. Welcome to Iran ! Après s'être rassuré que tout va bien, que nous connaissons notre chemin et qu'il ne nous manque rien, ils s'intéressent à l'image que les occidentaux portent sur l'Iran ainsi qu'à notre propre expérience dans le pays. Certains osent la question du mariage et comprennent la réponse sans que nous ayons à y répondre. Lors d'une pause déjeuné dans un village, le patron nous invite à prendre place en nous faisant signe de patienter. Son fils qui travaille dans l'arcade voisine ferme boutique et nous rejoint pour faire les traductions. Des les premiers échanges, il nous invite à passer la nuit chez eux. Malheureusement je ne suis pas en voyage mais en vacances et le temps est limité. Au cours du repas, un comité d'une dizaine de personnes s'est créé autour de nous. Sa femme et son frère ont même fait le déplacement jusqu'au restaurant pour venir nous saluer. Chacun pose des questions au fils qui fait le tri avant de nous traduire.

Nous décidons de quitter la plaine et les rizières pour rejoindre la vallée d'Alamut. Les décors sont surprenants, un mélange de rizières en terrasses, de la roche rouge, de la verdure et des montagnes qui se font de plus en plus hautes. Les premiers virages ombragés nous réservent les premières plaques de glaces avant de laisser place à un manteau blanc. Au village de Separdeh, des jeunes s'empressent de venir à notre rencontre. Alamut ? Oui c'est par là, à 40 kilomètres. Par contre la route est impraticable jusqu'à la prochaine fonte des neiges. Et maintenant ? Demi-tour, il faut contourner la montagne, une journée entière de conduite pour faire 500 kilomètres. Ça y a est, nous y voilà, juste de l'autre côté de cette montagne, si proche et si lointain à la fois... La vallée est recouverte de rizières irriguées par une rivière. Sur les flancs, des collines rouges cèdent leur place à des sommets enneigés. La partie supérieur de la carte postale ne paraît pas correspondre la partie inférieur. Durant 2 jours nous nous baladons d'une vallée à l'autre afin de découvrir le lac Evan, les canyons ainsi que ce qu'il reste du château d'Alamut surplombant la vallée. Après quelques mots échangés avec Manouchehr, il nous invite à le visiter lorsque nous passerons par Téhéran.

Le lendemain, nous rejoignons la capitale et son trafic de folie. Rendus à la mauvaise adresse, nous faisons appel à un taxi pour nous escorter jusqu'au domicile de Manouchehr. En coup de vent, il nous indique où se trouve le frigo et nous fait une petite visite guidée de l'appartement. Devant s'absenter pour quelques heures, il nous remet les clés et nous invite à faire comme à la maison. Le lendemain nous nous levons l'aube pour rejoindre le téléphérique à l'extrémité de la capitale. 40 minutes de télécabine, un des plus long au monde (7400 mètres de câble) et nous voilà rendu à 3740 mètres d'altitude pour une journée de snowboard exceptionnelle sur le Mont Tochal. De la neige fraîche et un ciel immaculé que nous passons en compagnie de Manouchehr, Sohila et Abbas. C'est la première fois que Raphael met les pieds sur une piste de ski, une première journée de snowboard qu'il n'est pas prêt d'oublier. Skier en Iran, ça ne colle pas exactement à l'image que je me faisais du pays. Un immense merci à Manouchehr qui nous a accueilli à bras ouverts et n'a pas hésité à mettre ses plans de côté pour nous accompagner à la montagne.

A 300 kilomètres au sud de la capitale, lac Namak est une étendue de sel dans le désert de Dasht-e Kavir qui me rappelle des souvenirs d'Uyuni en Bolivie, si ne n'est que le lac est trop humide pour s'y aventurer en voiture. Les paysages varient entre formations rocheuses et dunes de sable. Le long de la piste, des chameaux broutent paisiblement les quelques touffes de "verdure", de même que les troupeaux de chèvres et moutons accompagnés de leur berger.

Dans la ville historique de Kashan, nous découvrons la maison de la famille Tabatabaei, fameux marchands de tapis, construite en 1840. Un véritable bijou. Le bassin d'une coure intérieur reflète les façades magnifiquement décorées. Dans le centre, le bazar et ses dômes en carreaux bleus contraste avec d'autres coins laissés à l'abandon.

Nous continuons notre route pour le village d'Abayeh perché dans les montagnes. Un village aux maisons en terre, vieux de 2500 ans où les femmes portent encore une tenue traditionnelle et parlent un ancien langage Perse. Sur une petite place, quelques vieilles femmes alimentent un feu sur lequel repose une énorme marmite alors que d'autres lisent le coran en faisant glisser les perles de leur chapelet entre leurs doigts. Il s'agit du 40ème et dernier jour du deuil de l'Achoura (commémoration du massacre de l'Iman Hossein), une journée importante de l'année. Une dame se lève afin de m'offrir une friandise et m'invite à m'assoir à ses côtés. Durant trois heures, je reste méditative et contemplatrice du déroulement de cet événement tout en partageant des sourires et regards complices. Chaque nouvelle arrivante fait une tournée afin d'offrir des douceurs, dattes, thé et fruits avant de s'installer à mes côtés. Tout au long de la matinée, elles prient et ajoutent des ingrédients à la marmite, tels des sorcières. La potion magique, un Asheh Reshteh, est une délicieuse soupe verte agrémentée d'haricots, lentilles et pâtes. Un délice végétarien... Avant de les quitter, ma voisine me prend la main, marque un temps d'arrêt, puis m'embrasse le front. Un moment très simple et sincère plein d'émotions que j'ai passé aux côtés de ces petites femmes, maîtresses des lieux.

Isfahan, ancienne capitale de l'empire Perse entre le XVIe et le XVIIIe siècle, offre des monuments à l'architecture extrêmement raffinée, dont l'imposante mosquée Imam recouverte de faïences bleues, l'antique mosquée de Jameh, la superbe mosquée Loffalah dont l'intérieur est magnifiquement illuminé par la lumière rosée du couché de soleil, ainsi que ses quelques ponts piétons où les locaux ont plaisir à se retrouver entre amis. Au sud de la ville, nous découvrons le quartier Arménien de Jolfa. Ils étaient à l'époque très convoités pour leur compétence artistique. La liberté de culte était respectée, mais ils devaient néanmoins rester dans leur zone et se tenir à l'écart des centres musulmans. La cathédrale Vank est décorée de faïences islamiques aux côtés de fresques bibliques.

Nous passons les deux nuits suivantes sur un parking le long de la rivière Zayandeh Rud. A la tombée de la nuit, le parking se rempli. Chacun vient avec une bûche et fait son feu à même le goudron. C'est leur rituel pour s'évader du quotidien et se retrouver entre amis. La mentalité des habitants du pays qui est bien plus occidentale qu'on ne l'imagine. Bien que les femmes de familles plus conservatrices portent le tchador, la majorité sont à la mode et utilisent leur petit foulard comme un accessoire.

C'est ici que se termine mon séjour. Voyageant en van, nous avons pu dormir dans des coins exceptionnels. Sur la plage, au bord de rizières, entourés de montagnes ou de désert. La gentillesse et la générosité des Iraniens resteront véritablement le point fort de ce voyage. Sur ce parking d'Isfahan, une famille aux femmes portant le tchador viennent timidement nous aborder afin de nous offrir un énorme bol d'une douceur typique de la région. Un autre couple de personnes âgées ne parlant que 3 mots d'anglais viens nous offrir des fruits et insistent pour nous inviter chez eux. D'autres nous proposent de passer à leur magasin de musique afin de nous présenter les instruments traditionnels. Une Iranienne parlant parfaitement l'anglais me tend sa carte de visite, "en cas de problème, n'hésitez pas a m'appeler" ! Le temps me manque, impossible d'accepter toutes ces invitations...



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