Kenya

Africa, me voilà ! Pour la première fois, je m'apprête à poser pieds sur le continent Africain. Une terre et un mode de vie que j'imagine brute, mais d'une grande richesse. Plus que jamais, me voilà prête à découvrir cette partie du monde.

Avec un peu plus de deux semaines à tuer avant l'arrivée du container, nous décidons de profiter de la côte avec un premier stop à Mtwapa, un village poussiéreux fréquenté pour le tourisme sexuel. Un peu plus au nord, Watamu est un village touristique où les italiens viennent passer leurs vacances dans des resorts. Cette région du Kenya a suivi l'influence du métissage des peuples arabes et africains, donnant naissance à la culture Swahili depuis la Somalie jusqu'au nord de la Tanzanie. A quelques kilomètres de Watamu, Gede est un des sites historique Swahili les plus important de la côte. Les vestiges de ce village marchand datant du 12ème siècle sont cachés au cœur de la foret et entourés de baobabs de plusieurs centaines d'années. Les mosquées, tombes et palaces sont aujourd'hui le terrain de jeu d'une troupe de singes. Dans la forêt environnante, nous apercevons plusieurs musaraignes-éléphant à croupe dorée prenant la fuite. Il s'agit d'un "éléphant" miniature (env. 25 cm) extrêmement timide.

Entassés comme des sardines dans un matatu (mini-van), nous rejoignons Mombasa. La vielle ville, le Fort Jesus construit par les Portugais ainsi que ses maisons abandonnées aux balcons de bois délabrés font aujourd'hui parti du quartier Musulman. Un mélange architecturel et culturel intéressant. Après 3 semaines en mode sac à dos, nous allons enfin récupérer Hyundi. Solomon, notre agent au port de Mombasa s'est occupé de toute la paperasse administrative. Nous assistions à l'ouverture du container ainsi qu'à l'inspection douanière avant de retrouver notre liberté. A la tombée de la nuit, nous prenons le ferry pour rejoindre Tiwi beach. Ce n'est que le lendemain matin que nous découvrons le décor paradisiaque. Plage, cocotiers, lagon azur et singes pour nous divertir. Que demander de plus...?

Afin d'éviter le trafic de Mombasa, nous choisissons de traverser les Shimba hills pour rejoindre la Mombasa-Nairobie highway. Cent kilomètres de piste au cœur de la vie rurale kenyane. Les maisons sont construites de boulettes de terres entassées les unes sur les autres. Les toits des plus traditionnels sont en paille alors que les autres sont en tôle ondulée. Le long des routes, les femmes et jeunes filles portent des bidons d'eau alors que les hommes préparent les champs pour la prochaine semence.

Dû à un petit souci mécanique, nous décidons de passer la nuit près de Voi afin de trouver un mécanicien le lundi matin. A la limite du parc national de Tsavo West, nous campons au Red Elephant Lodge donnant directement sur le parc national. A peine arrivés, trois éléphants recouverts de terre rouge passent sous nos yeux pour rejoindre un point d'eau. Un peu plus loin, des dizaines d'éléphants pâturent dans la savane. Un lieu si paisible. Au petit matin, gazelles et éléphants broutent à quelques mètres de nous. Plusieurs bandits courent en surveillant leurs arrières, comme s'ils venaient de commettre un délit. Les babouins... Ce fut un moment magique !

Après une matinée chez le mécanicien, nous rejoignons les Taita Hills. En quelques kilomètres, le paysage se fait de plus en plus vert et la végétation de plus en plus dense. Les cultures en terrasses recouvrent les vallées et flancs de montagnes. A cour de temps pour trouver un endroit en sécurité avant la tombée de la nuit, nous nous installons au bord d'un chemin près des habitations. Une femme ébahie devant notre cuisine insiste pour me faire découvrir sa maison et rencontrer sa famille. Ses beaux-parents, propriétaires des lieux sont fiers de me faire visiter leur petite maison. Même si leur mode de vie semble extrêmement basique, ils ont la chance d'avoir une vache leur donnant du lait et un âne pour transporter l'eau de la rivière. A mon retour, je découvre un attroupement d'écoliers curieux autour de Hyundi et Raphael, ainsi que quelques badauds à la recherche d'une bouteille de Whisky. L'orage qui approche calme les esprits et renvoie tout le monde à la maison. Au petit matin, après une nuit paisible, les écoliers de la veille réapparaissent avec leurs frères et sœurs ayant loupé le show de la veille...

Comme si les dépassements sur la Mombasa-Nairobi highway n'étaient pas assez périlleux, la conduite à gauche avec un véhicule européen (volant à gauche) demande un vrai travail d'équipe. Alors que nous prenons de l'altitude, Hyundi semble avoir une perte de puissance anormale. Après notre arrivée au camping de Nairobi, Raphael essaie de trouver la source du problème, mais la situation s'empire. Le diesel n'atteint plus le moteur et le véhicule ne démarre plus. Le propriétaire du camping (et accessoirement mécanicien) nous aide à réamorcer le système. Le moteur démarre, mais ce n'est qu'après avoir changé le filtre à diesel que le problème semble résolu.

Au pied du Mont Kenya, des champs de blé s'étendent sur des dizaines de kilomètres. Des terres fertiles cultivées par les Kenyans blancs (principalement d'origine anglaise). Pour les locaux, il ne reste que les abords des routes et les coins moins accessibles. Sur une piste menant à un parque national, des enfants se jettent devant nous et commencent à danser. Ils ont le regard désespéré. En voyageant dans des pays pauvres, je suis souvent confrontée à des enfants mendiants et il m'est toujours difficile de savoir comment réagir. Y a-t-il quelqu'un orchestrant la scène ? Leur donner de l'agent les encourage à continuer et les rend plus vulnérable en augmentant leur chance que quelqu'un de malveillant prenne avantage d'eux. En même temps, comment se sentir confortable de laisser un enfant mourir de faim alors qu'un repas dans une cantine coute 50 centimes et que tu t'apprêtes à payer 70 USD pour un parc national ? Malheureusement, c'est une des grande contradiction du pays.

Dans un virage, un homme nous fait signe de nous arrêter. Le système de refroidissement est en ébullition et nous avons perdu 4 litres d'eau. Après avoir laissé le tout refroidir durant la nuit nous parvenons à conduire jusqu'à Meru (30 km) en faisant des stops réguliers pour éviter une surchauffe. Résultat, le thermostat a rendu l'âme et le liquide ne circule plus. La mauvaise nouvelle est qu'apparemment nous ne trouverons pas de remplacement. Mais le mécanicien nous rassure en nous expliquant qu'on peut s'en passer sans problème, il suffit de l'enlever et le circuit sera constamment en refroidissement. Euh, ça sert à quoi d'avoir un thermostat alors... ?

A Nyahururu, nous demandons l'hospitalité à l'église de Saint Pauls Ngaindeithia. Paul, le prêtre insiste tout d'abord pour nous héberger dans une chambre. Après lui avoir fait découvrir notre mode de vie, le voilà rassuré et il accepte de nous laisser dormir dans notre petite bulle. Au Kenya, il n'y a pas que les animaux sauvages qui sont traqués. A peine sorti de la voiture pour admirer les chutes de Thompson, nous sommes pris d'assaut. Une femme : "Lorsque vous avez fini, venez voir mon shop, c'est gratuit !" Un homme : "Regardez mes caméléons !". Des masai ultra-maquillés pour l'occasion : "une photo ?" Où que nous nous déplacions, la horde nous suit à la trace !

Depuis notre arrivée en Afrique, nous avons décidé de ralentir le rythme et de limiter la conduite à 3-4 heures par jour, équivalant à 100-150 kilomètres. Un but que nous ne parvenons pas à atteindre aussi facilement. Les routes sont éprouvantes autant pour nous que pour Hyundi. Aujourd'hui, nous avons une courte journée en perspective. 70 kilomètres, environ 2 heures de route, jusqu'à Nakuru. A mi-chemin, alors que nous freinons brusquement pour éviter un trou, un bruit retenti. A ce même moment, James rencontré la veille à l'église, nous dépasse par pure coïncidence. Après la plaquette de frein qui s'était fait la malle à Oman, le disque de frein est parti en miette ! A la vitesse d'une tortue, nous atteignons Nakuru. James nous escorte chez un mécanicien et prend la situation en main. Avec l'échantillon du disque cassé en main, il part à la recherche d'un remplacement alors que nous restons patiemment au garage. Dans notre malheur, nous avons la chance d'être dans la deuxième ville du Kenya, un endroit relativement facile pour trouver un nouveau disque et peut-être même un thermostat. Mais pour ce dernier, il faudra laisser passer le week-end. Il est 19h30 lorsque nous quittons la ville et une fois de plus, nous atteignons le camping après la tombée de la nuit.

Dû la montée du niveau d'eau du lac Nakuru, les flamands roses ont fuit la région et les sources thermales sont sous l'eau. A défaut de visiter le parc national, nous passons quelques jours dans les alentours et apprécions le climat plus frais du cratère de Merengai surplombant la ville et le lac. Sur la piste défoncée menant au sommet, un nouveau problème. La première vitesse ne passe plus et il y a un nouveau bruit suspect venant des freins. Cinquième visite chez le mécanicien. Heureusement c'est juste un joint en caoutchouc à changer sur le levier de vitesse et resserrer le port de roue qui n'a probablement pas été serré correctement aux Émirats... Par la même occasion nous avons trouvé le nouveau thermostat que nous avons pu installer nous même. Va-t-on enfin pouvoir faire quelques kilomètres sans problèmes mécaniques ?

Au lac Baringo, nous sommes installés au bord de l'eau. Les arbres morts baignant dans l'eau témoignent aussi de la montée du niveau d'eau. A quelques mètres du rivage, des hippopotames nous espionnent d'un œil avant de replonger la tête sous l'eau. Les crocodiles se dorent la pilule au soleil alors que les enfants du village se baignent. Les singes attendent le moment propice pour venir piquer un casse-croute. Les rives du lac sont aussi un paradis pour les oiseaux. Des toucans qui aiment s'admirer dans le rétroviseur. Un aigle et ses petits installés dans leur nid à une dizaine de mètres du sol. Des énormes marabouts haut perchés. Une sortie en bateau, nous a permis de voir les crocodiles de plus près ainsi qu'une multitude d'oiseaux dont, des cormorans, martins pêcheurs, aigrettes, différents types d'hérons et j'en passe. Sur une île au centre du lac, nous découvrons des sources thermales où l'eau sort de la terre en bouillonnant. Durant la nuit, les hippopotames broutant à quelques mètres de nous, puis s'éclipsent silencieusement dans les eaux du lac aux aurores.

En route pour la frontière Ougandaise, nous traversons plusieurs montagnes. A 2300 mètres d'altitude, l'entrée du village de Iten est marqué par une banderole "Welcome to the home of Champions". C'est ici qu'émergent les fameux marathoniens Kenyans. A 10 heure du matin, plusieurs groupes atteignent le village essoufflés. Courir, c'est l'espoir d'une vie meilleure. Hier 35km, aujourd'hui 15km et demain course fractionnée. Le programme d'entraînement est donné par des anciens marathoniens. Voir autant d'espoir et de détermination dans leurs yeux, c'est touchant et ça fait rêver.

Une vingtaine de kilomètres avant la frontière, l'asphalte laisse place à une piste traversant une région rurale. Les cahutes en terre et paille se font de plus en plus présentes. Nous passons notre dernière nuit au Kenya sur le campement de la police frontalière avec les officiers et leur famille, entourés de poules, chèvres, ânes et chiens.

Après la facilité, le calme et la liberté que nous a offert Oman, il m'a fallut quelques jours pour me mettre dans le rythme Africain. Les deux premières semaines sans véhicule à devoir négocier ardemment pour les auberges, la nourriture et les transports locaux ont spécialement été éprouvantes. Avoir une horde de racoleurs se battants pour savoir qui va toucher la commission sur chaque centime que nous dépensons, c'est pénible. Mais ce désagrément a disparu après avoir retrouvé notre véhicule. A part dans les régions touristiques, les Kenyans sont curieux et heureux de pouvoir échanger quelques mots avec des muzungus (étrangers) sans forcement y voir un intérêt financier. Il faut dire que leur niveau d'anglais est exceptionnel. Du plus petit au plus âgé, des régions rurales aux zones plus métropolitaines, tout le monde parle l'anglais ! Après l'Iran, Oman et les Emirats Arabes Unis, je suis ravie d'avoir retrouvé des femmes. Ici ce sont elles qui gèrent le business. Les hommes sont bons que pour dépenser l'argent en alcool... La négociation des prix faisant parti de leur culture, ça se passe toujours avec le sourire et dans la bonne humeur. Les paysages sont bien plus variés et verts que je ne l'imaginais. Ils ont la chance d'avoir une terre fertile leur permettant de cultiver des céréales, des fruits et des légumes. Pour le plus grand plaisir des mes papilles, ce fût un mois de cure de mangues, ananas et avocats...



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