Kirghizistan

Tout en dégustant une tasse de thé avec du pain et de la confiture maison, nous avons échangé des sourires et communiqué à l'aide de grands gestes. Haut dans les montagnes, dans le no man's land entre le Tadjikistan et le Kirghizistan, nous avons été invités pour un Chai par une famille de fermiers Kirghizes. Bien que l'extérieur de la maison faisait penser à un bâtiment abandonné, j'ai été surprise de découvrir un intérieur simple mais confortable. La pièce à vivre était recouverte de tapis colorés ainsi que d'une petite table basse entourée de coussins en guise de sièges. Dans l'autre coin de la pièce se trouvait un fourneau alimenté par des bouses de vache séchées. Au cours de ce long voyage à travers les pays de l'ex-union soviétique, où l'anglais est plutôt rare, nous avons développé un sens pour la communication avec les gestes et beaucoup d'imagination. L'alphabet cyrillique est un jeu de devinette menant parfois à des achats surprenants. Ne pas comprendre peut aussi avoir des avantages : il n'est pas nécessaire de jouer les bobets avec la police, nous le sommes vraiment ;-) Lors de mes précédents voyages, j'ai parfois rencontré des gens voyageant le monde sans parler un mot d'anglais et je me suis demandée comment c'est possible !? Au cours des derniers mois, nous avons eu exactement le même handicap et vous savez quoi ? Ça marche...

Passé la frontière, la vallée s'est élargie pour laisser place à un vaste pâturage verdoyant parsemé de yourtes et de bétail broutant librement. Des enfants aux visages barbouillés et aux vêtements usés se sont précipités à la route pour nous saluer. Alors que les visages Tadjiks ont des traits plutôt Perses, les Kirghiz semblent avoir été plus influencés par les Mongoles.

Nous avons admiré le coucher de soleil colorant les hauts sommets enneigés du massif de la Pamir Alay. La journée suivante à commencé par : "Pourquoi faire un détour de 60 kilomètres par Sary-Mogol pour avoir un aperçu du pic Lénine alors que nous avons un superbe panorama ici ?" On y est tout de même allés... A l'office du tourisme nous avons été invités à assister à une séance d'entrainement de lutte à dos de yak dans un camp de yourte à deux heures de route. Après 30 minutes de piste nous avons été arrêtés par une grosse rivière. Trop d'eau, trop profond, trop de courant, changement de plan. Nous avons pris un raccourci à travers des collines avant d'atteindre notre magnifique bivouac entouré de petits lacs. Le lendemain, lors d'une petite excursion à pieds, nous avons passé le camp de base pour admirer le majestueux sommet de 7134 mètres couvert de glaciers. Si nous étions initialement un peu indécis, ce petit détour nous en a finalement mis pleins les yeux.

Osh fût la première ville digne de ce nom depuis Dushanbe à 1600 kilomètres de là. Nous n'avons pas trouvé le centre commercial dont nous rêvions, mais ce fût un bon endroit pour refaire le plein de nourriture, prendre une bonne douche chaude et profiter d'une connexion internet à haut débit ! Il fût aussi temps de dire au revoir à Charlotte et Frederik, «The Germans», qui firent un saut de puce en Allemagne pour un mariage. Nous nous retrouverons sûrement quelque part dans les semaines à suivre.

En 10 ans d'équitation, je n'ai jamais eu l'opportunité de faire une randonnée à cheval de plusieurs jours. À Arslanbob, nous avons paqueté notre matériel de camping, puis accompagnés par Mashhur notre guide et Arsan, notre cuisinier, nous sommes partis pour trois jours d'aventures jusqu'au Holly lake (Lac Saint). Le lac est à seulement 10 kilomètres à vol d'oiseau, mais avec une montagne de 4000 mètres entre deux, le périple s'est avéré plus extrême que nous nous l'étions imaginé. Après avoir passé les dernières habitations du village, nous avons atteint les pâturages vallonnés avant d'entamer l'ascension abrupte de la montagne rocheuse. Qui a dit que l'équitation est une activité passive ? J'ai été surprise par la capacité de nos chevaux à progresser sur un terrain aussi raide et rocheux. Mais ce n'était encore rien comparé à ce qui nous attendait. Le soleil a soudainement disparu laissant place à un ciel menaçant. Il n'a pas fallu longtemps avant l'arrivée des premières gouttes, puis d'une tempête de grêle ! "Aaaaaahhhh, ça fait mal !" Le petit ruisseau s'est transformé en un torrent de boue. Le premier tronçon du chemin raide et boueux est devenu trop dangereux pour nous et nos montures. A default, nous avons traversé des ponts de neige ainsi que la rivière à plusieurs reprises, avec l'eau atteignant le dessus des genoux des chevaux. Après avoir rejoint le sentier ruisselant d'eau brune, les chevaux ont bataillé le vent et la pente abrupte pour enfin atteindre le col. La grêle a recouvert la montagne d'un beau manteau blanc. Nous étions congelés, trempés jusqu'aux os, mais le sourire jusqu'aux oreilles, émerveillés par ce fabuleux paysage !

Après le col, la grêle et la pluie ont cessées, le soleil nous a réchauffés et le vent a séché nos vêtements. Le paysage a changé du tout au tout. La pente était douce, recouverte de pâturages où des troupeaux de chevaux, moutons, chèvres et vaches paissent librement à la lumière orangée du coucher du soleil. Pour terminer cette journée, nous avons dévalé une pente raide et rocheuse menant à notre vallée finale. Une fois de plus, bien que nous soyons descendus à pieds avec les chevaux nous suivant à la longe, je ne m'attendais pas à ce qu'un cheval puisse gérer ce genre de terrain. Nous avons dressé nos tentes dans une belle vallée fleurie où nos chevaux ont broutés une bonne partie de la nuit. Le lendemain, nous avons continué notre chemin vers le magnifique Holly lake aux couleurs turquoise. De nombreux éleveurs ont installés leur campement d'été autour du lac. On se serait cru dans un film western avec des chevaux sellés "parqués" à des poteaux en bois, prêts à partir au galop pour rassembler le bétail. Le lac était le point culminant de notre périple. Non seulement nos pauvres chevaux ont dû rebrousser chemin et grimper jusqu'au col, mais au même endroit que la veille, nous avons à nouveau été frappés par la pluie. De plus, parce que ce passage de la montagne était encore recouvert de grêle, nous avons dû marcher davantage afin de trouver un coin plus "sec" pour planter nos tentes. Tout comme la veille, nous nous sommes frayés un chemin sur ce terrain rocailleux, boueux et raide à pieds. Les braves bêtes de 800 kilos ont suivis chacun de nos pas, nous faisant confiance les yeux fermés même lorsqu'il fallait sauter des obstacles dans la boue à flanc de montagne. J'ai essayé de ne pas penser à ce qu'il se passerait si ma monture manquait un pas. Heureusement qu'ils ont toujours trois autres pieds en contact avec le sol. Après ce passage éprouvant, nous avons dressé nos tentes dans un pré au milieu des vaches. Notre cuisinier a trouvé un arbre pour protéger notre feu du vent et de la pluie. Le lendemain, nous nous sommes réveillés avec un beau ciel bleu qui nous a accompagné jusqu'à l'Arslanbob. Si cette histoire semble catastrophique, c'était pour moi une aventure incroyable. Les paysages sont fabuleux, les gens sont chaleureux, les chevaux sont des guerriers imparables et le Kirghizistan est un pays qui s'apprête vraiment à la randonnée à cheval. La météo? D'accord, nous avons eu nos tempêtes et nous avons eu froid, mais nous avons eu un aperçu des beaux paysages hivernaux du Kirghizistan. J'ai vraiment aimé cette sensation d'être en harmonie avec la nature, être autosuffisante, suivre les sentiers dans les montagnes, loin de la civilisation. Cette aventure m'inspire pour un voyage futur où j'achèterai mon propre cheval et traverserai le Kirghizstan avec ma monture et mes baluchons.

À quelques kilomètres au sud de Bichkek, nous avons une fois de plus emporté notre équipement de camping, suffisamment de nourriture pour 3 jours et laissé Hyundi à Alplager, dans la vallée d'Ala Archa. De là, nous avons marché quelques heures, passé une belle cascade et avons planté notre tente au-dessus de la cabane de Rutsek au pied du glacier d'Ak Sai. Cet endroit est recouvert de pierres poussées par les forces des glaciers. Pendant toute la nuit, nous avons entendu des craquements et chutes de pierres. Le lendemain, nous avons poursuivi notre ascension vers le lac et glacier d'Uchitel en coupant à travers les pierriers et la moraine. 1500 mètres d'ascension positive avec un sac à dos de 15 kilos dans une pente raide et escarpée était éprouvant, mais nous avons été récompensés par des magnifiques décors lunaires.

A Bishkek, nous avons décidé de donner un coup de jeunesse à Hyundi. Marre de la rouille, marre de notre fenêtre arrière en plastique, réparation "temporaire" que nous trainons depuis notre voyage en Afrique un an plus tôt. Pendant deux jours, un soudeur a découpé la tôle rouillée et soudé des nouveaux patches en place. Espérons que les gars du service technique en Allemagne vont approuver... Enfin une fenêtre qui tient en place sans l'aide d'une tonne de scotch ! Après avoir collé la vitre en place, les portes et fenêtres devaient rester fermées durant une période de 12 heures. "Pouvons-nous faire ce travail demain matin afin de pouvoir dormir dans notre lit le soir même?" "Ne vous inquiétez pas, asseyez-vous et prenez un café!" Sans pouvoir donner notre avis, les gars étaient déjà en train de décoller notre plastique. "Mais c'est notre maison ..." "Ne vous inquiétez pas j'ai dit!" Slava qui parle un peu l'anglais, a insisté pour nous inviter à la maison. Après nous avoir fait visiter la ville, nous avons apprécié l'hospitalité à la Russe, un moment très chaleureux partagé autour d'un bon dîner préparé par Allah, sa femme. En Suisse et en Allemagne, nous ne sommes pas habitués à une telle spontanéité, une telle générosité et une telle authenticité. Et pour dire la vérité, même si j'ai de très bonnes amies Russes, ce n'est pas l'image que nous avions de la mentalité Russe avant ce voyage. Mais notre vision a changé et changera encore plus par la suite du voyage. Gardez votre cœur ouvert et vous serez surpris...

Nous avons continué le voyage avec Charlotte et Frederik, "The Germans", qui nous ont rattrapés après leur escapade en Allemagne.

En route pour le lac de Song Kol, nous avons découvert le canyon caché de Kongorchok. La randonnée a commencé par le lit asséché de la rivière, puis une gorge étroite s'ouvrant sur une superbe vallée de formations de grès rouge érodées. La diversité des paysages Kirghiz est vraiment étonnante.

Le lac de Song Kol est situé au milieu d'une prairie à 3000 mètres d'altitude, entouré de montagnes verdoyantes où des milliers de chevaux et moutons paissent pendant les mois d'été. Les yourtes se répandent autour du rivage et dans les vallées latérales. "Avons-nous été téléportés en Mongolie? " C'est ce que nous nous demandions en suivant les pistes de terres naturelles au milieu des pâturages. Cet endroit est l'un des principaux sites touristiques du Kirghizistan et certains camps touristiques sont énormes. Heureusement que nous avons notre propre "maison" pour échapper à la masse. Avec Charlotte et Frederik, nous nous sommes présentés à une yourte locale (non-touristique) et avons demandé à louer trois chevaux. Après nous être mis d'accord sur le prix (8EUR par cheval pour la journée entière), ils ont sellé les chevaux et nous ont laissés livrés à nous-mêmes. Pas de question concernant notre niveau équestre, pas de caution à laisser, simplement de la confiance. Il faut dire que si nous étions tous les trois débutants comme Frederik, nous n'aurions pas pu faire plus de 100 mètres : Un cheval sans cavalier expérimenté c'est un peu comme une voiture avec le frein à main bloqué... Heureusement, Charlotte et moi avons pris la main sur le cheval de Frederik. Le paysage était beau, mais pas très varié. Rapha le décrit même comme : ENNUYIEUX. Bref chacun ses goûts... Nous avons quitté le lac par la piste sud-est, où la rivière Song Kol a creusé une belle gorge. Au pied du col, nous avons découvert une belle chute, surgissant du canyon étroit.

Après avoir atteint Naryn, nous avons suivi une piste rejoignant le lac Issyk Kul en passant par le col de Tosor. Passé Eki-Naryn, le paysage est devenu très pittoresque avec une gorge étroite entourée de montagnes abruptes couvertes de sapins. Le canyon s'est ensuite ouvert, donnant place à une belle vallée parsemée de yourtes saisonnières et de bétail. En oui, encore des yourtes et encore du bétail... Je vous avais bien dit que le pays a des similarités avec la Mongolie. Passé l'intersection menant à l'A365, la route s'est grandement détériorée, devenant accessible uniquement en 4x4. Gros rochers, contournement de ponts effondrés, glissements de terrains, passage de zones rocheuses, beaucoup de traversées de rivières. Au col de Tosor, la route passe à quelques dizaines de mètres du glacier escarpé plongeant dans un lac minuscule. A distance, on pouvait déjà apercevoir le grand lac bleu au bout de la vallée. La piste s'est encore empirée après le col, mais l'aventure était amusante. Tous les quelques mètres, nous devions sortir de la voiture et déterminer comment éviter les obstacles. Après deux jours de piste, notre aventure s'est terminée par une gorge étroite s'ouvrant sur le lac Issyk Kul.

Frederik, au volant de son Land Rover Defender a bien résumé notre périple : "C'est exactement pour CA que j'ai acheté un 4x4". Il a raison, nous avons tous les quatre adorés cette aventure hors des sentiers battus. C'était vraiment quelque chose de différent que de devoir "faire avec" des kilomètres de routes ou pistes défoncées.

Après tout ça, nous avons mérité quelques jours de détente sur une plage déserte ! Chaque matin, avec «The Germans», nous nous demandions: "On reste encore un jour ?" Les journées se sont écoulées et nous avons finalement passé une semaine à profiter de l'eau bleue contrastant avec la plage au sable rouge !

À proximité du lac, nous avons découvert d'autres formations de grès rouge : la vallée des fées ainsi que les 7 taureaux à Jeti-Oghüz. Ces sites contrastent merveilleusement avec les paysages verts environnants.

Le Kirghizistan est définitivement notre coup de cœur de l'Asie centrale. Nous avons adoré cette liberté. Tout le monde est libre de laisser brouter son cheval ou installer sa youtre dans les prairies. Nous avons adoré le sentiment de (notre image mentale de) la Mongolie. Les chevaux et le bétail paissent librement dans de grands paysages ouverts parsemés de yourtes. Nous avons adoré les lacs. Beaucoup de lacs, partout, dans les montagnes, dans les vallées, de larges rivages ouverts, des rives escarpées, au pied d'un glacier, eau chaude, eau super froide, couleurs époustouflantes. Nous avons adoré les montagnes. Cet endroit est vraiment un paradis de la randonnée, à pieds ou à cheval. Chaque vallée mène à un superbe col, un glacier, une cascade, un canyon, un lac, un endroit pour être seul, loin de tout et faire un avec la nature. Nous avons adoré les gens. Ils sont accueillants et hospitaliers, tout en respectant l'espace de chacun. Cela est probablement dû à leur culture nomade où la terre appartient à tous. Vous l'avez compris, nous avons ADORE.




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