Laos

Me voilà tout juste remise d'une hépatite A et prête pour un nouveau voyage en solitaire. J'atterri à Vientiane, la capitale du Laos, un pays que je m'apprête à découvrir pour la première fois.

Au couché du soleil, la promenade le long du Mékong s'anime. Sur la zone piétonne, le marché de nuit s'installe. La rue principale est fermée à la circulation, permettant aux habitants de faire du vélo, de la course à pieds ou de se balader. Des groupes se forment et installent la sono pour commencer leur cours de danse sous les yeux des passants. D'un côté, ça danse le rock alors qu'un peu plus loin c'est un cours de salsa. Le lendemain, je me promène dans cette petite ville à taille humaine afin de découvrir les différents temples, monastères et autres monuments. Pour moi qui n'aime pas les villes, il est agréable de commencer ce voyage par cette petite capitale où il fait bon vivre.

Je rejoins ensuite le village de Vang Vieng un peu plus au nord. Il y a encore quelques années, l'alcool coulait à flots, les substances illicites se trouvaient à tous les coins de rue et les fêtards se promenaient en maillot de bain sous les yeux choqués des habitants. Suite au "nettoyage" fait par le gouvernement en 2012, Vang Vieng a retrouvé le calme. Une nouvelle forme de tourisme se reconstruit basé sur des activités plus proches de la nature. Situé sur les rives de la rivière Nam Song, entouré de montagnes karstique, le cadre est superbe. A vélo, je rejoins la cascade de Kaeng Nyui, une chute de 30 mètres de haut, ainsi que la grotte de Tham Phu Kham. Il s'agit d'une énorme chambre décorée de stalactites où repose un bouddha en bronze illuminé par l'infiltration des rayons de soleil. L'ambiance est mystique ! A l'extérieur de la grotte, une belle lagune à l'eau turquoise est LE lieu de baignade du coin. Certains se jettent à l'eau depuis une branche d'arbre sous les yeux amusés des spectateurs profitant du soleil.

Le lendemain, je me joins à un petit groupe de 5 personnes pour la descente de la rivière Nam Song en canoë. Après nous être laissé porter sur des chambres à air sur une rivière souterraine éclairée par nos lampes frontales, nous commençons la descente en canoë à 10 kilomètres en amont de Vang Vieng. Des formations montagneuses décorent le paysage. Nous avons la rivière à nous seuls sur les 7 premiers kilomètres avant de la partager avec les groupes descendant en tubing (sur des chambres à air). Ça parait fun, mais le manque de courant rend la descente un peu longuette. Il leur faudra environ quatre heures pour rejoindre Vang Vieng le cul dans l'eau froide.

Après sept heures de bus pour environ 200 kilomètres, j'arrive à Luang Prabang. Autre fois un royaume, la vieille ville est aujourd'hui classée au patrimoine de l'UNESCO. Située au confluant du Mékong et de la Nam Khane, des potagers en terrasse bordent les berges des deux rivières. Les habitants jouent à la pétanque alors que les moines en tenue orange déambulent dans les ruelles. Les maisons traditionnelles Lao en bois ainsi que l'architecture coloniale se mélangent à merveille. Les temples superbement décorés de gravures, peintures et dorure, sont de véritables bijoux.

Avec Stéphanie et Julien, un couple Français rencontré à l'aéroport de Vientiane, nous louons des vélos pour rejoindre la cascade de Tat Sae, à 25 kilomètres en amont de la rivière Nam Khane. Nous découvrons une série de piscines naturelles à l'eau turquoise se déversant les unes dans les autres. Quel contraste avec l'eau brunâtre de la rivière Nam Khane ! Le lendemain, nous sautons dans un mini-van pour rejoindre la cascade de Kuang Si. En plus des bassins à l'eau turquoise, une marche jusqu'en haut d'une cascade de plusieurs dizaines de mètres permet d'admirer la végétation. Alors qu'à Tat Sae nous avions le site presque à nous seuls, Kuang Si semble plus populaire.

Les quelques nuits passées à Luang Prabang n'auront pas été de grand repos. Karaoké dans le voisinage, arrivées et départs à toute heure de la nuit mais surtout, un lit dur comme de la pierre. A 8h du matin, un tuk tuk me conduit à la gare routière. A 9h, je saute dans un bus local pour trois heures de route jusqu'à Sayaboury. A l'arrivée, une camionnette blanche m'attend. 15 minutes plus tard, nous voilà à un petit embarcadère. Je monte à bord d'une petite péniche afin de traverser le lac et rejoindre ma destination.

La province de Sayaboury, est aujourd'hui la terre de 360 éléphants domestiques enregistrés ainsi que de la deuxième plus grande population d'éléphants sauvages du Laos. Les éléphants domestiques au Laos sont traditionnellement utilisés pour l'exploitation du bois. Les faisant travailler jusqu'à l'épuisement, les cornacs ne prennent pas le temps de laisser reproduire leurs éléphants. Avec deux naissances pour dix décès, l'emblème national sacré du Laos est en menace d'extinction. L'Eléphant Conservation Center (www.elephantconservationcenter.com) a alors créé une nurserie et mis en place un programme encourageant la reproduction des éléphants domestiques. Grâce à son hôpital, il donne accès aux soins vétérinaires. Il propose des séances de formation aux cornacs sur différents secteurs d'activité et encourage à convertir les éléphants de travail en écotourisme.

Plutôt que de déplacer les éléphants dans les zones urbaines, ce sont les visiteurs qui se déplacent dans leur environnement naturel. Les éléphants du centre sont au repos, soit d'une vie fatigante à travailler pour l'exploitation du bois, soit en attente de mettre bas.

Le centre est situé sur une péninsule forestière au bord du Lac Nam Tien, dans un décor somptueux. Durant trois jours, nous serons un petit groupe de trois personnes guidés par le rythme de vie des éléphants. Le matin, une marche à travers la forêt nous permet de rejoindre les éléphants qui s'y reposent et mangent durant la nuit. Nous rejoignons ensuite le centre à nuque d'éléphant afin de leur permettre de se baigner et de s'abreuver. Nous visitons la nurserie où se trouve une éléphante portante de 22 mois qui peut mettre bas à n'importe quel moment. Elle est juste énorme ! Son petit pèsera environ 100 kilos à la naissance. Rien que ça ! Nous assistons aux soins donnés à un éléphant blessé à l'hôpital. Agé de 3 ans, le temps est venu pour Noy (petit) de se séparer de sa mère pour la première fois afin de commencer son apprentissage. Les cornacs choisissent trois noms qu'ils inscrivent sur trois bambous avant de les présenter à l'éléphanteau qui choisira son nom. Baptisé Sourya, l'éléphanteau retrouve ensuite sa mère dont il a été séparé durant 2 semaines, puis rencontre pour la première fois les autres éléphants du centre. Un moment plein d'émotions où la maman s'est mise en retrait pour laisser son petit créer des affinités avec ses nouveaux compatriotes. En l'absence de la biologiste, j'accompagne deux volontaires pour observer les éléphants et prendre des notes sur leur comportement. Cette méthode permet de cerner les caractères des différents individus. J'aurais bien voulu offrir plus de mon temps, mais le volontariat a un prix. Cliquez ici pour voir la vidéo.


C'est avec un pincement au cœur que je quitte le centre pour continuer ma route vers le nord jusqu'à Nang Khiaw. De là, je prends un petit bateau remontant le rivière Nam Ou pour rejoindre Muang Ngoi Neua. Ce petit village isolé de 700 habitants est l'endroit idéal pour se détendre dans un hamock en admirant la vue sur la rivière, les montagnes et vivre au rythme des habitants. Que demander de plus pour noël !

Cinq heures de navigations supplémentaires à contre courant me permettent d'atteindre Muang Khwa, un point de transit pour la plupart des voyageurs. Je suis partagée entre prendre un bus pour le Vietnam, ou me farcir encore sept heures de bateau pour rejoindre Phongsali. La deuxième option impliquant que je rebrousse chemin pour ensuite rejoindre le Vietnam. A l'office du tourisme, plusieurs randonnées sont proposées, mais très peu sont explorées. Ca tombe bien, c'est exactement ce que je recherche. Je décide de rester une journée de plus durant laquelle j'aborde tous les touristes du village (probablement une vingtaine), en vain. A 20h, alors que j'informe le guide que je n'ai trouvé personne, un couple arrive tout essoufflé pour m'annoncer que malgré leur temps de voyage restreint, ils ont changé leur itinéraire afin de pouvoir faire cette randonnée. Je n'y croyais pas mes oreilles !

Le lendemain, nous embarquons sur un petit bateau afin de rejoindre le village d'une tribu Kha Mu. Il faut savoir que les ethnies que nous nous apprêtons à visiter n'ont pas reçu de touristes depuis une année et n'ont pas été informés de notre visite. Pour certains, c'est même la première fois qu'ils approchent des peaux blanches. Les femmes et les enfants ont le sourire jusqu'aux oreilles, ils nous dévorent des yeux. Peu habituée à voir des boucles, une femme s'empresse de faire de l'ordre dans mes cheveux... Notre arrivée coïncide avec une journée très spéciale. Les esprits ayant manifestés leur faim, un cochon a été sacrifié et grillé. A l'issue de la cérémonie, les villageois sont honorés de pouvoir partager ce festin avec nous. En effet, les rencontres non planifiées qui tombent à un moment aussi important sont pour eux une bénédiction. Selon la tradition, nous commençons et terminons le repas par deux verres d'alcool de riz. Afin que les esprits s'en aillent en harmonie, tout doit être mangé. Tout est bon dans le cochon... Heureusement, notre guide avait apporté des œufs et quelques légumes. Les femmes se marraient en me regardant piocher dans le panier de riz collant. Et hop, encore un petit chlouk d'alcool de riz pour la route... Elles ont l'air de rien, mais elles tiennent bien le coup ces petites nanas, mon foie un peu moins... De quelques gestes, elles me font comprendre qu'elles m'invitent à passer la nuit et assister à une danse qui aura lieu le lendemain matin. Ca aurait été un grand plaisir, mais il est temps pour nous de nous mettre en jambe.

Nous quittons la tribu pour trois heures de marche à travers une forêt de bambou. A l'entrée du village d'une tribu Akha Loma, une arche de bambou est décorée d'une patte de chien. Boun Ma, notre guide nous explique que le chien le plus agressif du village est sacrifié et l'exposition d'une partie de l'animal (ça aurait aussi pu être la tête...) sert à repousser les mauvais esprits. Un autre aspect du chien de garde... Surpris et timides à notre arrivée, les enfants nous guident jusqu'au chef du village. Uniquement les femmes mariées portent l'habit traditionnel. Les autres ont des tenues délabrées qu'ils changement que très occasionnellement. Durant la journée, les adultes partent travailler les cultures de riz et d'opium, à la chasse, à la cueillette ou faire du troc dans d'autres villages. Pendant ce temps, les enfants se débrouillent, les plus grands prenant soin des plus petits. A l'âge de 6 ans, les fillettes sont comme des mamans pour leurs petits frères et sœurs. Elles les portent sur le dos à longueur de journée, cuisinent et les nourrissent. Il y a bien une école, mais sans enseignant, la scolarisation est quasiment inexistante.

Nous sommes invités à passer la nuit dans la maison du chef du village. Une bâtisse en bois de deux étages et au toit de tôle. En bas, la cuisine consiste à deux étagères ou se trouvent quelques casseroles et couverts. Au sol, quelques bidons et une bassine font office d'eau courante, la rivière la plus proche étant à 25 minutes de marche. Dans le reste de la pièce, sont entreposés des sacs de riz. Des morceaux de porcs suspendus sont enveloppés dans des feuilles de bananiers afin de se conserver. A la nuit tombée, nous assistons à la préparation de pain de riz. Le riz cuit est broyé et malaxé à l'aide d'un balancier activé par le poids et la force de quatre personnes. La mixture est ensuite placée dans des feuilles de bananiers et peut être conservée durant plusieurs semaines.

Après avoir avalé nos deux verres d'alcool de riz, nous savourons les délicieux plats concoctés avec des légumes sauvages. Un délice ! Les chants du chef attirent petit à petit les enfants puis les femmes venus nous rejoindre autour du feu. Nous passons un moment extraordinaire. Plus la soirée avance, plus les femmes qui étaient d'abord restées en retrait, s'ouvrent à nous. A l'étage, quelques matelas et couvertures sur le plancher servent de lit commun pour les vingt cinq membres de la famille. Il semble que certains d'entre eux sont allés dormir chez les voisines afin de nous laisser leur couchage. Au petit matin, en ouvrant les yeux, je découvre une petite frimousse qui m'observe en mâchouillant un fruit. En bas, Boun Ma est déjà en train de cuisiner le petit déjeuné sur le feu de bois. A 8h30, l'estomac vide, nous commençons cette journée par les deux verres d'alcool de riz... et terminons le petit déjeuné par trois verres supplémentaires. Par l'intermédiaire de Boun Ma, le chef nous fait part de sa gratitude pour être venu lui rendre visite. Il nous explique que malgré le brouhaha constant des cris des enfants, il vit une vie heureuse et perpétue la tradition. Pour clore cette rencontre pleine d'émotions et d'authenticité, tour à tour, nous sommes invités à chanter une dernière chanson. Les larmes aux yeux et un peu pompette, nous quittons le village afin de rejoindre la rivière Nam Ou, où le bateau nous attend. Cliquez ici pour voir la vidéo

Le lendemain, je quitte le Laos pour rejoindre le Vietnam.

Ce pays si calme et agréable aura été un véritable plaisir pour me remettre dans le bain du voyage en sac à dos et tout spécialement pour une femme voyageant seule. Les Laotiens ne sont pas envahissant et ne cherchent pas à tout prix à vendre quelque chose.

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Du 13 au 26 janvier 2015

Après mon arrivée à Pakse, je loue une mobylette afin de m'évader quelques jours dans la région du plateau de Bolaven dont la fertilité du sol est propice à l'agriculture et plus particulièrement à l'exploitation du café. Tout au long de mon trajet, je longe des plantations de café et traverse différents villages ethniques, parsemés de maisons en bois. Lorsque je m'arrête pour observer les graines séchant au soleil, les enfants me saluent, les adultes me sourient. Ce que ça fait du bien...

La région regorge de superbes cascades qui satisferont à tous les goûts. Le rideau d'eau où l'on peut s'aventurer derrière (Thamchampy et Tayicsia), les chutes en demi-lune (Tad Gneuang et Tad Lo), les doubles cascades de plusieurs dizaines de mètres (Utayan Bajiang champasak et Tad Fane) ou alors celles qui ont été asséchées par la construction de barrages. Le détour de 20 kilomètres sur une piste de terre rouge pour atteindre la cascade de Tayicsua en vaut vraiment la chandelle. Le rideau d'eau, la chute, le vacarme de l'eau s'écrasant dans les rochers, les rayons du soleil illuminant les éclaboussures, les arbres enracinés dans la roche ainsi que la nature verdoyante rendent ce lieu magique ! Mis à part les quelques kilomètres supplémentaires dû à mon grand sens de l'orientation, ça m'a fait un grand bien de me sentir libre de m'arrêter lorsque j'en avais envie. De retour à Pakse, j'ai l'impression d'avoir pris des couleurs, mais après une bonne douche mon bronzage couleur terre s'est effacé.

Voilà plus de 5 semaines que j'ai commencé ce voyage et que je porte mon pull et mon jeans quasiment tous les jours. Il est temps pour moi de prendre des vacances... Je descends tout au sud du Laos dans la région de Si Phan Don, les 4000 îles sur le Mékong. Sur l'île de Don Det, le climat est doux et le soleil est au rendez-vous ! Les conditions parfaites pour sortir le maillot de bain et la crème solaire :-) Tous les jours, je rejoins un petit îlot de sable à la nage. L'endroit idéal pour se relaxer, bouquiner et recharger mes batteries. Les couchers de soleils sont superbes, la grosse boule de feu donnant place à un ciel bleu décoré de trainées roses. Je consacre tout de même une journée à une balade en vélo jusqu'à l'île de Don Kon ou se trouve la superbe chute de Li Phi (encore une...). Il est difficile de comprendre d'ou vient la rivière. L'eau se faufile entre les gros rochers créant plusieurs rapides étalés sur quelques centaines de mètres avant de plonger dans un canyon. Je me rends aussi sur la puissante chute de Khon Phapheng dont le débit est impressionnant et monte à bord d'un petit bateau afin d'observer les dauphins d'Irrawaddy dont la population est fort déclin.

Après une semaine de farniente, me voilà prête à quitter le Laos pour découvrir le Cambodge.



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