Mozambique

Nous quittons la route principale, pour emprunter une piste de terre traversant des petits villages ruraux. Plus nous progressons, plus l'état de la piste se dégrade. Après une vingtaine de kilomètres, notre GPS nous ordonne de tourner à gauche. "Hum, t'as vu un chemin ?" Il y a en effet un semblant de chemin enseveli par les buissons, mais c'est dans le sable. En espérant que la pseudo piste nous conduise à un quelque chose de plus large quelques kilomètres plus loin, nous engageons le 4x4 et nous faufilons dans la brousse. Le chemin se rétrécit encore et le sable se fait de plus en plus mou et profond. Craignant de nous retrouver coincés, nous n'osons plus ralentir ni faire demi-tour. Bordée par la végétation, la piste est juste assez large pour un âne et sa charrette. Le bruit strident des branches grattant la carrosserie est aussi douloureux pour nos yeux que pour nos oreilles. Et frapper un tronc d'arbre sans pouvoir ralentir n'a pas aidé. Heureusement, le pare-buffle a sauvé le pare-chocs ainsi que le capot de dégâts plus importants. Il nous aura encore fallut 20 kilomètres supplémentaires pour atteindre le prochain village et laisser retomber la tension. Ce "raccourci" suggéré par notre GPS pour éviter Maputo nous a presque conduits à la catastrophe... Première leçon: il n'y a pas de raccourcis au Mozambique !

"Olá, como vai você ?" Avec mon Portugnol (mélange d'espagnol et portugais), je peux enfin communiquer avec les locaux sans avoir le sentiment d'être une Gringo au Mexique. Heureusement, il est beaucoup plus facile de me faire comprendre ici qu'il l'a été lorsque j'étais au Brésil. Certes, les deux pays ont cette ambiance tropicale ainsi que des superbes plages sauvages. Ne sont-ils pas les ingrédients pour des vacances réussies ? Ca tombe bien car le Mozambique c'est nos vacances dans le voyage. Et vu que ça coïncide aussi avec la fin de notre voyage en Afrique, nous mettons les bouchées doubles pour en faire des vacances farniente. Nous restons quelques nuits sur chacune des plages que nous avons choisies et limitons nos étapes à environ 100 kilomètres. La route principale traversant le pays est vraiment bonne entre les frontières du sud et Vilanculos. Malgré le tourisme, la côte est restée totalement sauvage et peu développée. Du coup pour atteindre les plages il faut souvent parcourir entre 5 et 20 kilomètres sur des pistes de sable parfois praticables uniquement en 4x4.

En route pour rejoindre Tofo, nous faisons une étape par Zavora, une halte "pratique" pour éviter un long trajet. A notre grande surprise, ce fût le lieu le plus agréable et surprenant de notre voyage au Mozambique. Notre place de camping donne directement sur la mer. Installés dans notre hamock, nous admirons les sauts des baleines à quelques dizaines de mètres du rivage. Mais ce n'est pas tout.

Sans trop d'attente, je me décide à faire une petite sortie de plongée sur un petit récif à quelques minutes de bateau seulement. En sautant à l'eau, je découvre des raies Manta survolant le récif suivi par des dizaines de petits poissons. À 15 mètres de profondeur seulement, ce récif est une station de nettoyage où les Manta se débarrassent de leurs parasites. Pendant presque une heure, les géants me frôlent à tour de rôle avec grâce et lenteur. Les yeux dans les yeux, nous nous échangeons des regards de curiosité et d'admiration. Étant la seule plongeuse, le dive master reste en retrait pour me laisser apprécier une de mes plongées les plus mémorables, accompagnée par le chant des baleines en bruit de fond.

Lors de mes plongées, j'ai souvent l'impression de rêver, ce monde sous-marin et ces créatures étonnantes ne peuvent être que le fruit de mon imagination. Dans un rêve récurrent, je suis capable de respirer sous l'eau. De rêve en rêve, ma technique de respiration continue à s'améliorer ! Dans la réalité, plonger seule me permet d'avoir plus d'intimité avec ces merveilleuses créatures de la mer. Pourtant j'aime partager ces instants magiques avec une personne qui puisse témoigner lorsque mes rêves deviennent réalité. Quelqu'un à qui je n'ai pas besoin d'expliquer ce sourire qui me colle au visage pour le reste de la journée. Après cette incroyable immersion, j'ai convaincu Raphaël de me rejoindre pour sa première plongée en mer. Ce fût un baptême qui à de quoi faire des envieux. Rapha, si tu penses que la plongée c'est toujours comme ça, un conseil, ne plonge plus jamais !

Tofo étant une des plages les plus commercialisées du pays, je l'avais imaginée très développée. Il y a en effet plus d'infrastructures que sur les autres plages, mais nous sommes loin des complexes hôteliers type Cancun ou Sharm el Sheik. En ce mois d'octobre, il y a très peu de touristes et nous avons presque la plage à nous seuls. Une fois de plus, l'attrait ici est plus l'océan que la bronzette. Lors d'une immersion dans le sud de Tofo, je découvre de superbes coraux, d'énormes bancs de barracudas, beaucoup de poissons colorés ainsi que le passage de deux raies Manta. C'était une superbe sortie, mais Zavora a placé la barre haute... Rapha, lui s'est joint à un safari océanique pour sa première rencontre avec le requin baleine. Le lendemain, je n'ai pas eu la même chance, le gros poisson n'était pas d'humeur pour une petite séance de nage avec les plongeurs. Cependant, j'ai eu l'occasion de me jeter à l'eau avec des dauphins très joueurs et curieux.

Vilanculos se trouve aux portes de l'archipel de Bazaruto. Un archipel connu pour ses eaux calmes et turquoise ainsi que ses récifs coralliens riches en couleurs. À marée basse, l'océan se retire sur quelques centaines de mètres, laissant des petites gouilles où les enfants jouent en toute sécurité. Mais attention à ne pas se faire piéger par la montée subite de la marée qui en très peu de temps recouvre cette énorme étendue de sable, ne laissant qu'une petite plage étroite. En raison d'une mer déchainée, il me faudra revenir pour explorer les fonds marins de l'archipel.

En Afrique du Sud, nous avons été mis en garde sur le comportement des policiers au Mozambique. Préparés pour le pire, tous les objets de valeur sont cachés dans les recoins difficilement accessibles et nous mettons au point une stratégie simple. Quoi qu'il arrive, nous ne parlons pas l'anglais! Il y a effectivement des contrôles dans la plupart des villages, mais ils semblent plus intéressés par les camions et camionnettes de transport en commun. Malgré les nombreux avertissements des automobilistes circulant en sens opposé nous n'avons finalement pas échappé au radar mobile. "Sprechen Sie deutsch? Parlez-vous français?" Il n'est évidement pas nécessaire de parler pour comprendre la situation en découvrant une photo de sa voiture avec la vitesse inscrite à ses côtés... Mais lorsqu'il s'agit de se comprendre sur le moyen de paiement, tout se complique. "Me, no money". Après une discussion qui n'a ni queue ni tête, le policier nous tend notre permis de conduire (de toute façon ce n'est pas l'original...) en me demandant de lui chercher un petit cadeau dans la voiture. Le sourire aux lèvres, je lui serre la main en prétendant avoir compris qu'il nous souhaite bon voyage et m'en vais. Rapha n'en croit pas ses yeux. "On va lui laisser quelque chose ?" "Pas question, ne les regardes pas et démarre !" J'ai eu un bon entrainement en Amérique centrale, non ?

Le Mozambique fût un énorme contraste avec l'Afrique du Sud qui est bien plus développé et industrialisé. Nous avons enfin pu acheter nos fruits et légumes sur les marchés ou directement des "producteurs". Le long des routes, les habitants vendent ce que leur jardin a produit ce jour-là. Leur étalage se limite à de très petites quantités, par exemple : 3 papayes, 7 pommes de terre, 10 oranges et 5 tomates. Il ne fût pas rare que j'achète tout le stock et que je renouvèle ça quelques kilomètres plus loin. Acheter local est aussi une occasion pour nous arrêter dans des petits villages ou nous ne nous attarderions pas autrement et une opportunité d'échanger quelques mots avec les locaux. En plus des fruits et légumes maison, grâce à la colonisation portugaise ils produisent des supers bons petits pains maison.

Le pays faisant parti des pays les plus pauvres d'Afrique, il ne fût pas rare que des enfants essayent de nous vendre des petits objets bon marché fait à la main : une natte de paille, des bracelets tressés et autres souvenirs ou qu'ils demandent ouvertement de l'argent. Mais la façon dont ils demandent est plutôt douce et attendrissante qu'insistante. Après tous ces voyages, je me demande toujours : Pourquoi est-ce dans les pays les plus pauvres que l'on rencontre les gens les plus souriants, doux et accueillants ?

Nous avons passé un mois au Mozambique. En arrivant depuis l'Afrique du Sud, nous sommes allés jusqu'à Vilanculos avant de rebrousser chemin jusqu'en Swaziland. Dans deux semaines, Hyundi sera chargé dans un conteneur à Durban. Comme mentionné dans mon histoire Zambienne, nous avons décidé de ne pas rejoindre le Mozambique depuis le Malawi ni la Zambie car la situation politique est plutôt instable dans cette partie du pays. D'après ce que nous avons entendu d'autres voyageurs, le nord et le sud du pays ont une atmosphère totalement différente. Pour nous le sud était sans tracas et nous nous sommes sentis totalement en sécurité. Malheureusement, les médias ne soulignent pas cette différence et influencent donc de nombreux touristes, principalement les Sud-Africains, à annuler leurs vacances.

Pour moi, le Mozambique fût une étape incontournable de ce voyage avec de belles plages, des habitants agréables et des plongées exceptionnelles. Ai-je mentionné que ces plongées mémorables avec les raies Manta étaient aussi mes plongées les moins chers de ma vie ? Je reviendrai certainement un jour pour profiter des fonds sous-marins dans les régions où la météo n'a pas joué en notre faveur.




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