Myanmar

Mon voyage au Myanmar commence déjà lors de mon séjour de presque une semaine à Bangkok pour l'obtention de mon visa. Fermé le week-end, je me rends à l'ambassade le lundi à 9h pour l'ouverture des portes, mais en ce jour férié, c'est fermé. Retour le lendemain matin, cette fois à 6h50, je suis en 10ème position sur le trottoir. À l'ouverture des portes, une file de plus d'une centaine de personne s'est crée derrière moi. A 9h45, mes documents sont en leur possession et je peux enfin repartir. Deux jours plus tard, je m'y rends à 13h50, les portes ouvrent à 15h30, mais il me faudra encore attendre l'ouverture du guichet à 17h15 pour repartir avec mon visa en poche. Avec mon gros sac sur le dos, il ne me reste plus qu'à sauter sur un moto-taxi afin d'attraper un bus de nuit pour Ranong, le point de départ de ma prochaine croisière de plongée.

A bord du "Sea World", nous traversons la rivière Kra Buri délimitant la frontière entre la Thaïlande et le Myanmar. Après une courte pause à Kawthoung pour faire les formalités d'immigration, nous partons à la découverte des fonds marins de l'archipel de Mergui. Situé dans la prolongation des îles Similan en Thailande, la biodiversité de cette région est relativement similaire, en revanche elle a le grand avantage de ne pas être aussi populaire. Durant 6 jours, nous admirons toutes sortes de crevettes, crabes, nudibranches, langoustes, murènes, poissons-fantôme, poissons-grenouille, seiches, anémones, corail, gorgones ainsi que des "nuages" de poissons de verre. La géologie de certains sites offre de superbes arches, notamment Western Rockies et son tunnel à 20 mètres de fond traversant l'île de part en part. J'aurais pu passer la plongée entière dans ce trou noir où se cachent des dizaines de langoustes et autres crustacés.

Mais l'attrait principal de l'archipel pour les plongeurs est le site éloigné de Black Rock, attirant les gros poissons tel que des énormes barracudas, tons, bancs de platax, mais plus particulièrement les requins-baleine et raies manta. Bien que le site soit riche en faune plus petite, il est parfois difficile de trouver le temps de regarder les parois sachant ce qui peut passer dans le grand bleu. Au cours des quelques immersions sur ce site, nous avons eu la chance d'admirer un requin-baleine tournant en boucle autour de l'île "poursuivi" par une raie manta. Il nous suffisait d'attendre 10 minutes pour revoir passer le convoi. Le rêve... Tout au long de cette croisière, nous avons aperçu quelques requins à pointe blanche et requins nourrisse, mais leur population est largement en déclin, tout comme celle des gros poissons. Malheureusement la pêche à la dynamite encore pratiquée dans la région fait des ravages. Au fait, à quoi servent les 130$ que nous avons payés pour le parc national ? Apparemment pas à la protection de cet écosystème si précieux et délicat.

Cliquez ici pour voir la vidéo de cette merveilleuse semaine de plongée.

C'est à l'aéroport de Yangon que je retrouve ma mère qui m'a rejoint pour un mois de voyage dans le pays.

Au centre ville, l'importante population Indienne arrivée lors de la colonisation Britannique ainsi que les odeurs d'épices des stands de confection de noix de Bétel me redonne des sensations de l'Inde. Les noix de Bétel ? C'est probablement une des premières choses qui attire l'œil en posant le pied dans le pays. Ces magnifiques sourires rouges... Les feuilles sont badigeonnées d'un canalisateur servant à libérer le stimulant des feuilles. On y ajoute ensuite du tabac fermenté, de la cardamone, un clou de girofle, une lamelle de noix de coco séchée, du lait de coco, du citron et du miel. Le tout forme un petit paquet qui se place entre la joue et la gencive afin d'être mastiqué des heures durant. Vous comprenez maintenant pourquoi le peu de dents qu'ils leur restent est dans un tel état ? L'autre chose qui saute aux yeux dès l'arrivée au Myanmar, ce sont les visages (femmes et enfants principalement) recouverts de tanaka, une pâte à base de cet arbre local qui procure une sensation rafraichissante, protège du soleil, aide à lutter contre l'acné et rend la peau douce.

Nous découvrons la ville, ses maisons coloniales, les marchés, énormes bouddhas assis ou couchés ainsi que les pagodes dont la fameuse pagode de Shwedagon magnifiquement éclairée à la tombée de la nuit. La traversée de la rivière de Rangoun en ferry offre un dépaysement total. Durant les 15 minutes de traversée, les marchands vendent toutes sortes de fruits et friandises qu'ils transportent avec agilité sur la tête. De l'autre côté de la rivière, nous découvrons une zone rurale et des cabanes de pêcheurs.

Nous prenons notre premier bus de nuit pour rejoindre Bagan et arrivons à destination à 4h du matin. Juste à temps pour trouver un hôtel, déposer nos sacs et sauter sur un vélo afin de rejoindre la zone archéologique. Depuis le sommet de la pagode de Shwesandaw, nous admirons le levé du soleil sur la plaine aux milles temples décorée d'une dizaine de montgolfières. C'est un véritable spectacle ! La majorité des visiteurs sont des pèlerins bouddhistes se déplaçant en pick-up afin de se recueillir dans les pagodes principales. Bagan a beau être le site touristique majeur du pays, son étendue est telle qu'il est facile d'éviter la foule et de se retrouver seuls au milieu de temples avec la douce sensation que le site n'est qu'à nous.

Le site archéologique bouddhique le plus important du Myanmar et le plus grand d'Asie compte autant de temples réunis sur une plaine peu étendue (67 km2), que l'Europe possède de cathédrales médiévales. L'ascension de Bagan coïncide avec le passage de l'hindouisme et du bouddhisme mahayana au bouddhisme theravada, resté depuis lors la confession principale du pays. L'acteur principal de cette conversion fut un moine, qui était venu prêcher auprès du roi bamar Anaurahta. Les rois de Bagan, furent soucieux de donner corps à leur foi. En seulement 230 ans, avant que les Mongols n'envahissent cette plaine en 1287, ils érigèrent plus de 4 400 temples bouddhistes, pagodes et autres monuments.

Après deux jours de visites, nous quittons Bagan en bateau pour rejoindre Mandalay. Un voyage d'une durée de 14 heures au fil de la rivière Irrawaddy à découvrir l'agriculture locale, des villages de pêcheurs nomades installés sur le rivage, des barges transportant ou tractant toute sorte de choses dont des structures entières de villages flottants. En cette saison sèche, le niveau d'eau est très bas et certains passages demandent un grand travail d'équipe. Deux personnes tâtent le fond de la rivière à l'aide d'un long bambou afin de guider le capitaine. Celui-ci force parfois le passage en mettant le moteur à fond alors que la coque glisse sur le nid de la rivière. Les plages ont souvent laissé place à des falaises de sables de plusieurs dizaines de mètres. A l'approche de Mandalay, les collines décorées de pagodes sont illuminées par la lumière orangée du couché de soleil.

A notre arrivée en ville, des pancartes annoncent la visite du Solar Impulse, le premier avion solaire à faire le tour du monde (en 12 étapes) sans carburant ni émission polluante pendant le vol. L'initiateur et pilote de ce projets est notre compatriotes Bertrand Picard, le pilote du premier tour du monde en montgolfière sans escale en 1999. Je prends immédiatement contact avec l'ambassade Suisse qui nous invite à l'événement. Sur le tarmac, nous découvrons l'énorme tente blanche protégeant ce joyau technologique. Ce monoplace révolutionnaire en fibre de carbone possède une envergure supérieure à celle d'un Boeing 747-800 (72 m) pour le poids d'une voiture (2'300 kg). Les 17'000 cellules solaires intégrées dans l'aile alimentent en énergie renouvelable quatre moteurs électriques (chacun d'une puissance de 17,5 CV). Le jour, les cellules solaires rechargent les batteries au lithium de 633 kg qui permettent à l'appareil de voler la nuit et d'avoir ainsi une autonomie quasi illimitée. Solar Impulse n'a pas été construit pour transporter des passagers, mais pour faire passer un message. Ils veulent démontrer ce qu'il est aujourd'hui possible de faire avec les technologies propres pour réduire la dépendance de notre société aux énergies fossiles. "Ce que nous réussissons dans les airs, tout le monde peut le faire sur terre, dans sa vie de tous les jours. Le monde a besoin d'employer de nouveaux moyens pour améliorer la qualité de vie des hommes. Les technologies propres et les formes d'énergie renouvelables constituent une partie de la solution dans la mesure où elles peuvent protéger l'environnement, créer des emplois et générer du profit pour les entreprises." Visitez le site www.solarimpulse.com pour l'avancement de ce tour du monde qui se terminera en 2016.

Malgré une température de plus de 40 degrés, nous nous motivons tant bien que mal pour visiter la ville et ses environs. A vélo, nous passons d'une pagode à l'autre pour découvrir les attraits de chacune, dont le magnifique travail de sculpture des mures en teck du monastère de Shwe Nan Daw qui a miraculeusement échappé aux bombardement Britannique en 1945 grâce a son déménagement au dehors de la cité interdite en 1878. Pieds nus, nous gravissons les 1729 marches de la colline de Mandalay pour admirer la vue et le couché du soleil depuis son sommet.

A moto, nous rejoignons Sagain et ses pagodes perchées sur les collines, ainsi que le village d' Inwa, dont l'embarquement et le débarquement des deux roues sur une barque en bois me donne des sueurs froides. Raccourci ou non, je n'aurai pas le courage de repasser par là au retour. Dans ce village isolé où les gens se déplacent principalement en calèche, nous pouvons encore voir les jeunes moines étudier dans le monastère en teck de Babaya Kyaung datant de 1834. A Amarapura, le U Bein bridge traversant le lac Taung Tha Man est le plus long pont en teck au monde. Nous nous offrons une journée de farniente au bord de la piscine du Mandalay Hill Resort afin de reposer nos jambes et nous rafraichir. Aussi magnifiques qu'elles soient, nous approchons l'overdose des pagodes et des buddhas !

Je laisse ma mère à Mandalay pour rejoindre Hsipaw pour une randonnée de deux jours afin de découvrir des villages ethniques. Nous traversons des villages Chan et des plantations de légumes. Au fur et à mesure que nous prenons de l'altitude, je suis de plus en plus triste de découvrir des collines pelées où les arbres ont été coupés et brûlés. Les forêts ont disparu pour laisser place aux plantations de soja afin de répondre à la demande des chinois. Après 6 heures de marche sous le soleil, nous rejoignons un village Palaw, entouré de plantations de thé. Certaines femmes portent encore le costume traditionnel. Du plus petit au plus grand, tout le monde doit marcher jusqu'à la source du village pour s'approvisionner en eau ou se laver. La famille qui nous héberge cuisine à merveille et se sont de loin les meilleurs plats que j'ai dégusté dans le pays. Dans le village, les enfants sont contents de pouvoir interagir avec les visiteurs. La manière dont ils touchent l'écran tactile pour faire défiler les photos témoigne de nombre de visiteurs qui passe dans le village...

Après avoir retrouvé ma mère à Hsipaw, nous prenons le train pour Pyin Oo Lwin, une ville coloniale où le climat est des plus agréables. Durant ce voyage d'une durée de 7 heures, nous sommes ballotés dans tous les sens et avons l'impression que nous allons dérailler à chaque virage. Dans ces conditions, nous sommes bien contentes qu'il ait franchi le viaduc Gokteik à la vitesse du pas ! Dans la ville, les calèches sont en harmonie avec les maisons coloniales. A moto, nous nous rendons à la cascade d'Anisacan. Depuis le parking, il faut 45 minutes de descente pour admirer la superbe cascade. En bas, des porteurs équipés d'un hamocks fixé sur un long bambou attendent les marcheurs dont le souffle ferait défaut. La remontée est éprouvante, mais ma mère a résisté à la honte d'être montée comme un cochon pendu... Nous terminons cette journée par une ballade dans le superbe jardin botanique Maymio, un vestige de l'époque coloniale.

Un bus de nuit nous conduit à Nyangshwe, aux abords du lac d'Inlé. Une balade en vélo pour rejoindre les bains thermaux nous fait passer par des rizières où les agriculteurs travaillent dure pour la préparation des champs avant l'arrivée de la saison des pluies. Ca récolte les boutures, ça replante, ça nettoie, ça labour, et ça pompe l'eau des canaux pour inonder les champs.

Le lendemain, nous passons la journée en bateau afin de découvrir la vie des pêcheurs, les villages sur pilotis, les cultures flottantes, les marchés, les rapides dans le canal pour rejoindre le monastère de Inn Thein avec ses centaines des stupas. Si les divers ateliers que nous visitons sont des attrape-touristes, ils nous permettent d'apprendre les différentes techniques de tissage, la manière de faire les cigares ou les bijoux en argent, sans pour autant avoir la pression d'acheter quoi que ce soit.

Nous retrouvons brièvement Charlotte, Lucien et Raphaël que nous avons croisés à plusieurs reprises depuis notre arrivée à Yangoun avant de prendre notre envol pour le bord de la mer afin de changer d'air, nous rafraichir et recharger nos batteries pour la suite du voyage. Bien qu'il s'agisse de la région balnéaire la plus touristique du pays, la fin du mois de mars est la période la fin de la saison sèche et donc la période la plus chaude de l'année avant l'arrivée de la pluie. Nous sommes pratiquement seules sur cette plage de sable blanc à l'eau chaude et turquoise.

Nous continuons notre route en bus de nuit, une quinzaine d'heures jusqu'à Yangoon et enchainons avec un autre bus d'environ six heures pour le Golden Rock, à l'extrémité est du pays. Au village de Kyaikto, nous sommes chargés dans des camions équipés de planches servant de bancs. Après quelques virages et montées tels des montagnes russes, je comprends mieux les grosses barres pour s'accrocher. Le Golden Rock étant un lieu culte du pays, des centaines de pèlerins sont installés à même le sol pour passer la nuit sur ce lieu sacré. De notre côté, nous avons réservé une chambre d'hôtel au sommet afin de découvrir le spectacle doré à la tombée de la nuit. Bien que très beau, le business et la foule casse largement l'authenticité de ce lieu.

A quelques heures de bus de là, Hpa An donne une sensation beaucoup plus paisible. La ligne d'horizon a laissé place à des montagnes calcaires qui ressemblent à des gros rochers déposés au milieu des champs. Les gens vivent simplement, certains entre 4 mures, d'autre dans des cabanes en feuilles d'arbre attachées les une aux autres. La Shwe Yin Myaw pagoda surplombant la rivière Thanlwin est un lieu de sérénité au couché du soleil. Les habitants viennent faire des offrandes et admirer le couché du soleil.

Nous louons une moto afin de découvrir la zone rurale environnante ainsi que ces multitudes grottes où se cachent....des buddha. La grotte de Sagan est particulièrement mystique. Après une quinzaine de minutes de marche à travers les entrailles de la roche à contempler les buddhas et stupas nous ressortons de l'autre côté. De là, un tronc d'arbre creusé servant de barque nous conduit sur un petit canal à travers champs contournant la montagne. Pour clore ce voyage au Myanmar, les jardins de Lumpani nous offre un sanctuaire de 1000 buddhas...

Après ce dernier long trajet de bus nous terminons notre nuit sur les banquettes désertées de l'aéroport. Voilà un mois que nous sillonnons les routes du pays. 30 jours, c'est court. Afin de ne pas perdre une journée pour chaque déplacement, il faut pas avoir peur de voyager de nuit dans des bus inconfortables, secoués par des routes exécrables, endurer le karaoké, arriver à destination en pleine nuit et être en pleine forme pour commencer sa journée... Un voyage plutôt sportif que ma mère a remarquablement bien géré ! Le voyage ce n'est pas tous les jours les vacances...

Je raccompagne ma mère jusqu'à Bangkok d'où elle prend son envol pour l'Europe. De mon côté, j'ai une semaine pour faire mon visa avant mon départ pour les Philippines. Mais c'était sans compter sur les jours fériés du Sankran festival, le nouvel an Bouddhique. Du coup impossible d'obtenir mon visa de 3 mois à temps. Je dois me rabattre sur l'option de 30 jours à l'arrivée puis une extension possible par la suite. A ce moment de l'année, Bangkok se transforme en une bataille d'eau géante. Fusil à eau, maillot de bain, lunettes de protection, pochette imperméable et c'est parti ! Voir la vidéo ci-dessous :-)



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