Namibie

Ils se mordillent et courent maladroitement dans tous les sens comme le feraient des chiots. Ce n'est pas une blague, ils sont vraiment capables de courir! Lorsqu'ils sont fatigués, ils ont certainement un sens pour le confort. Ils s'utilisent les uns les l'autres comme oreillers ou escaladent les rochers pour profiter d'un meilleur point de vue. Je pense avoir été l'une d'entre eux dans une vie antérieure... Après mes deux semaines de plongée sur le Sardine Run en Afrique du Sud, j'ai rejoint Raphaël sur la côte à Swakopmund. De là, nous nous sommes dirigés vers le nord, en suivant le désert du Namib et ses dunes de sable jusqu'à la colonie d'otaries à fourrure de Cape Cross. J'ai vu des colonies auparavant, mais celle-ci était vraiment énorme (plus de 100 000 individus) ! Ca m'a rappelé la Costa Brava en été, lorsqu'il n'y a même plus de place pour poser un linge. La masse recouvrait chaque mètre carré de la plage, des rochers et s'étendait jusqu'à la mer, surfant les vagues. A quelques mètres de là, un chacal vadrouillait, probablement en prospection pour son prochain repas.

Nous avons quitté le froid et la brume de la côte pour rejoindre le désert, traversant le cratère de Messum, large de 22 kilomètres. Par ci par là, des kopje (colline de rochers) semblent être tombés du ciel et forment des petites îles. Quelques kilomètres plus loin, la montagne de Brandberg émerge d'un paysage totalement plat. Durant ces deux jours, nous n'avons croisé qu'un seul autre véhicule. Nous étions seuls dans le silence avec des millions d'étoiles rien que pour nous. La région de Damaraland est riche en histoire et en géologie. Le vent et le sable ont érodé les piliers symétriques d'Organ Pipes. A la Petrified Forest, un tronc fossilisé de trente-cinq mètres de long âgé de 260 million d'années montre encore son écorce et ses nœuds alors qu'il a été transformé en roche. Mais le point d'intérêt principal dans la région, c'est l'art rupestre de Twyfelfontain. Des gravures du peuple San vieilles de 6000 ans démontrent leur croyance chamanique pour faire appel à la pluie, une bonne chasse et la guérison. Pour la première fois en Afrique, les grands espaces de la Namibie nous ont offert des sites de camping sauvage qui nous ont ravivé des souvenirs d'Oman.

Après plusieurs semaines dans un désert aride, qui aurait pu s'attendre à une telle rivière. La vallée de Kunene marquant la frontière entre l'Angola et la Namibie est bordée d'une végétation luxuriante et de collines rocheuses. A Epupa, la rivière se jette dans trois différents canyons se rejoignant à une centaine de mètres plus bas. D'énormes baobabs poussent avec précarité au bord du précipice.

A quelques mètres de la chute, les piscines naturelles semblent être le point de rencontre des villageois. Les femmes Himba sont occupées à faire leur lessive, les hommes se baignent nus, les bergers (jeunes garçons d'à peine 6 ans) abreuvent leurs chèvres, les enfants se laissent glisser d'un bassin à l'autre. En voyant mes cheveux en friche, une petite princesse s'est empressée d'y mettre de l'ordre. En quelques minutes, je me suis retrouvée avec une douzaine de mains autour de ma tête. De mon côté, j'étais sous le charme de leurs tenues traditionnelles et coiffures, différentes selon les différentes étapes de la vie. Les enfants portent une ceinture maintenant un morceau de tissu pour le devant et l'arrière, un énorme collier de cuire et de petits boulons. Les femmes portent une mini-jupe en peau de bête, des bijoux et accessoires pendent sur leurs seins nus et leur corps est recouvert d'ocre rouge. Mais le plus impressionnant est leur coiffure ressemblant à un casque de dreadlocks entourées d'argile rouge. Tout le monde semblait fier de poursuivre la tradition et malgré leur beau sourire, pausait toujours avec un visage sérieux. Nous les avons aussi divertis un peu avec les différents décollages et atterrissages du drone. Une grande première pour eux !

Nous avons coupé le moteur devant un point d'eau. Une tasse de thé à la main, installés comme dans un cinéma plein air, nous avons observé le flot constant de zèbres, antilopes, oryx, girafes et autruches, sporadiquement interrompu par des troupeaux d'éléphants ou un rhinocéros solitaire. C'est de cette façon que nous avons découvert l'incroyable faune du parc national d'Etosha.

Juste après le levé de soleil, le point d'eau d'Okondeka est totalement déserté. Après plus d'une heure sans voir âme qui vive, nous décidons de bouger. Cinquante mètres plus loin, j'aperçois deux silhouettes à l'horizon. Bingo, c'est un couple de lion se dirigeant vers le point d'eau. Ils traversent la route juste devant nous avant d'aller s'abreuver, puis de s'accoupler. Alors que le mâle s'est endormi, la femelle part pour sa chasse quotidienne. A quelques kilomètres de là, nous retrouvons la lionne cachée derrière un petit monticule de terre, en attente d'une proie. Durant deux heures, nous avons vu des groupes d'antilopes lui passer sous les yeux, mais ils n'étaient apparemment pas à sa portée. De retour au point d'eau, le mâle était couché sur un petit promontoire à quelques mètres de la route. Lorsqu'il nous a regardés droit dans les yeux avec son regard intense, j'ai eu la sensation qu'il aurait pu atteindre notre fenêtre en un saut. Avec sa majestueuse crinière, il pausait tel le Roi Lion. Quelle journée !

Parmi tous les parcs que nous avons visités en Afrique, Etosha est définitivement notre préféré. Au lieu de passer la journée à conduire pour trouver les animaux, ici il suffit de passer d'un point d'eau à l'autre, puis d'attendre qu'ils viennent à toi. Et pour couronner le tout, en ce mois de juillet il n'y avait que peu de véhicules. Avec Kruger en Afrique du Sud, ils sont aussi les parcs les moins chers. 6 EUR par personne par jour pour le parc et 15 EUR par personne pour une nuit de camping. Pour vous donner une idée, la majorité des parcs au Kenya sont à 90 EUR par personne (sans camping) et en Tanzanie Ngorongoro est à 350 USD !!! Bref, si vous avez toujours rêvé de voir les animaux d'Afrique, optez pour la Namibie ou l'Afrique du Sud et louez une voiture.

Si le sud du pays est souvent mis de côté par les vacanciers, il regorge lui aussi de curiosités. Les superbes arbres Carquois (famille de l'aloe), les fossiles de dinosaures (mesosaurus) vieux de 300 millions d'années, les rares chevaux sauvages vivant dans le désert du Namib et les maisons coloniales de Lüdertitz.

Pour changer du désert, nous avons apprécié quelques jours sur la péninsule de Lüderitz et ses plages sauvages et une mer mouvementée contrastant avec ses lagunes paisibles où résident des flamands roses. Il y a mêmes des petites îles hébergeant des colonies de pingouins et d'otaries.

Mais le plus surprenant dans la région est le village fantôme de Kolmanskop. Cet ancien village minier exploitant le diamant a été abandonné en 1956. Apparemment, à l'époque il y avait tellement de diamants qu'on pouvait les trouver à même le sol. Aujourd'hui, certains bâtiments rénovés ont étés convertis en musées alors que d'autres se font gentiment ensevelir par les dunes de sable. Les chambres colorées semblent se noyer dans les entrailles du désert. Le confort et le divertissement étaient tellement importants pour ces Allemands qu'ils y ont construit une allée de bowling, un opéra, une salle de gym, une boucherie et une fabrique de glaçons. Tout ça au milieu du désert au début du 20ème siècle !

A l'extrême sud du pays, l'Orange River sépare la Namibie de l'Afrique du sud. Tout comme la Kunene River au nord, il fût difficile d'en croire nos yeux en découvrant toute cette eau. La rivière et sa végétation serpente entre les montagnes de roche rouge. Non loin de là, la Fish River a érodé un des plus grands canyons au monde après le grand canyon aux USA. Depuis différents points de vue, nous avons découvert des zigzags et variantes de rouges du canyon créant des paysages à couper le souffle.

Après avoir voyagé à travers des pays si pauvres et avec si peu d'approvisionnement disponible, ça nous a fait du bien de pouvoir trouver toutes les choses auxquelles nous avons rêvées ces derniers mois. Dans les villes principales on y trouve des supermarchés, des énormes magasins de matériel de camping ainsi que certaines pièces détachées pour Hyundi. Les Allemands ne seront pas dépaysés avec des Brötchen (petits pains), Sauerkraut (choucroute), saucisses et autres spécialités Allemandes. Mais malheureusement il n'y avait plus de mamas vendant leurs fruits et légumes le long des routes, du coup le contact avec les locaux s'est nettement réduit. Mais la Namibie est une grande étendue désertique. Entre les quelques villes principales, il n'y a simplement rien. Soit le désert, soit des kilomètres de fermes aux clôtures interminables. Faire le plein de nourriture, d'eau et de carburant avant de quitter une ville est indispensable. Planifier les distances et le nombre de jours jusqu'à la prochaine ville est crucial.

Nous avions déjà parcouru des milliers de kilomètres sur des pistes sans aucune crevaison, mais voilà que la Namibie nous a prouvé que nous n'étions toujours pas prêts. Au milieu du Damaraland, un pneu a éclaté. Utilisant notre roue de secours pour la première fois, nous avons découvert que non seulement elle était plus petite mais aussi que la profondeur des boulons ne correspondait pas exactement non plus. Au milieu du désert, avec très peu de trafic (un véhicule toutes les 3 heures !), nous n'avons pas eu le choix que de tout de même l'installer. Nous avons rejoint le lodge de Palmwag qui nous a sauvé la mise. Un véhicule de ravitaillement était prévu d'arriver deux jours plus tard et le chauffeur a fait un crochet pour nous acheter un nouveau pneu. Ayant conduit avec les boulons inappropriés, il a fallu des gros coups de marteau pour l'enlever. Comme rien n'est simple avec Hyundi, il a aussi fallu la force de 6 gars, 4 criques et le poids d'une voiture pour que le pneu veuille enfin prendre place sur la jante. Ils nous ont vendu le pneu au prix coutant, livraison spéciale gratuite et 9 EUR pour l'installation qui a pris 2 heures au lieu de 5 minutes et nous ont évités de rebrousser chemin sur 500 kilomètres jusqu'à Windhoek. Et pour couronner le tout, grâce aux deux jours d'attente, nous avons eu la chance de voir un éléphant du désert à quelques mètres du lodge.

Cinquante kilomètres plus loin, nous avons eu droit à une nouvelle crevaison, mais avons continué sur 25 kilomètres en pompant toutes les 5 minutes. Arrivés à un hameau, trois jeunes ayant comme seul outil un levier, nous ont proposé leurs "services". N'ayant ni rustines, ni colle appropriée, ils ont tenté une réparation avec un morceau de chambre à air et de la colle contacte que nous avons du leur fournir. Quelques kilomètres plus loin, le pneu était à nouveau plat, trop plat pour être pompé avec notre compresseur. Cerise sur le gâteau, notre crique ayant rendu l'âme durant la dernière opération, nous ne pouvions même plus installer notre roue de secours inadaptée. Nous avons attendu et attendu jusqu'à ce que notre sauveur, Mr Bois, vienne à notre rescousse avec un équipement approprié. Il a installé sa propre roue de secours qui allait même mieux que la notre et avons rejoint le prochain village pour une vrai réparation.

Continuer à nous éloigner d'avantage de la population avec des pneus et outils qui nous lâchent les uns après les autres était trop risqué. Nous avons abandonné notre itinéraire trop ambitieux et hors des sentiers battus. Finalement, nous avons accumulé 3 crevaisons et 2 pneus éclatés. Le dernier pneu a éclaté sur nos derniers kilomètres de piste en Namibie... A cause de la dimension peu commune, nous avons du conduire 600 kilomètres avec notre roue de secoure trop petite jusqu'à Cape Town ou nous avons finalement changé les 3 pneus totalement bouffés.

La Namibie est contrastée. Villes modernes et peuples tribaux perpétuant leurs traditions ancestrales. Blancs, colorés et noires cohabitant en harmonie. Super bonnes routes et pistes de graviers rongeant les pneus à vue d'œil. Enormes supermarchés et petites épiceries vendant quelques paquets de sucre et 3 patates. Un instant tu as l'impression d'être en Europe, l'instant suivant tu es au cœur de l'Afrique. Même si d'une manière générale je ne me suis pas vraiment sentie en Afrique, ce fût agréable de ne plus être le centre d'attention et de trouver des coins isolés pour le camping sauvage. Nous nous sommes sentis libres !




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