Norvège

Avant d'atteindre Oslo, nous embarquons à bord d'un ferry, le premier d'une longue série.

Nous quittons la route principale afin de traverser le sud du pays jusqu'à la région des fjords par de petites routes agréables, nous transportant à travers de beaux décors de lacs et forets.

Dans la région de Stavanger, nous atteignons les premiers fjords dignes de ce nom. Bien que très touristique, la marche de 3 heures menant au promontoire naturel de Preikestone, offre une magnifique vue panoramique. Il s'agit d'un rocher étendu au-delà d'une paroi rocheuse, culminant à 604 mètres au dessus du Lysefjord.

Nous rejoignons ensuite la vallée de Skejeggedal, près du fjord de Hardanger pour une randonnée de 7 heures menant à Trolltonga. Malgré le froid et la pluie, la langue du troll surplombant le lac de Ringedalsvatnet est une belle récompense.

Alors que Bergen est connu pour être une ville pluvieuse, nous profitons d'une belle journée ensoleillée pour nous balader. Dans la baie, de gros bateaux de croisières sont amarrés. Les maisons en bois perchées sur la montagne bordant la ville nous font penser à Valparaiso au Chili. Durant le 13ème siècle, l'Allemagne s'allia à la Hanseatic league, dont l'important port maritime de Bergen faisait partie. Avec plus de 2000 résidents principalement Allemands, le port de Bergen était un important point de transit pour l'importation de graines et l'exportation de poisson, entre autre. Le long du port de Vagen, l'architecture des maisons en bois colorées de Bryggen date du 12ème siècle, mais furent reconstruites après l'incendie de 1702. En observant l'alignement des fenêtres et portes sur les façades, on peut se demander comment les maisons tiennent encore debout. En marchant dans les ruelles revêtues d'un planché en bois, nous pouvons ressentir une belle énergie émanant de ce quartier qui servait autrefois de logements, bureaux ou dépôts et faisant aujourd'hui parti du patrimoine de l'UNESCO.

Sur le marché de poissons de Bergen, les poissonniers sont fiers de proposer du steak de baleine. Moi qui pensais que seul l'Asie, principalement le Japon était la seule région à massacrer les dauphins et baleines, je me rends compte que certains pays civilisés de l'Europe de l'ouest perpétuent encore leur tradition ancestrale. Dès le 20ème siècle en Norvège, les baleines n'affrontent plus de petites embarcations de viking, mais des baleiniers équipés d'harpons. Les îles Faroe appartenant au Danemark continuent à perpétuer leur méthode barbare consistant à encercler les baleines pilote (aussi appelée dauphin Calderone) avec des centaines de bateaux à moteur afin de les diriger dans une baie ou elles sont attendues par des machettes. Vivons-nous vraiment encore à l'âge de pierre ? Je garde une lueur d'espoir qu'un jour nous parlerons de ces massacres de la même manière que l'abolition de l'esclavage.

Nous reprenons la route en direction du Sognefjord. Ce n'est qu'au moment de pénétrer dans le tunnel de Gudvangen que nous apercevons la longueur de celui-ci. Douze kilomètres, soit la longueur du tunnel du Mont-Blanc. Il y a une voie dans chaque sens, séparée par une ligne pointillée. Alors que nous trouvons que l'éclairage de nos phares ainsi que les lampes du tunnel manquent d'efficacité, voilà que ces dernières sont hors fonction sur plusieurs kilomètres. Nous circulons dans l'obscurité la plus totale. Surprenant comme sensation ! Surtout que l'expérience se renouvellera dans de nombreux tunnels de la région.

Afin de rejoindre Leardal, nous choisissons la route touristique appelée Aurlandsfjellet. En quelques virages, nous prenons de l'altitude et admirons la magnifique vue sur le Sognefjord. Les décors se transforment et sans même que nous ayons le temps de nous en apercevoir, nous sommes transportés dans les paysages d'Amérique du Sud. Sur ce plateau montagneux, la route se fraye un chemin entre rivières, lacs et rochers. A seulement 1200 mètres d'altitude, nous nous perdons dans le temps et l'espace, le temps d'une nuit, où la nuit ne tombera pas.

Lors de la dernière ère glaciaire, les glaciers ont érodés des vallées dont le fond était situé sous le niveau de la mer. Lorsque les glaciers allant de la montagne à la mer se retirèrent, la mer envahi alors les vallées jusqu'à plusieurs dizaines de kilomètres à l'intérieur des terres. Certains fjords ont une profondeur de plusieurs centaines de mètres, dont 1308 mètres pour le Sognefjord.

Après la traversée de ce dernier en ferry, nous rejoignons Tungestolen tout au bout d'une vallée. De cette prairie, nous pouvons déjà apercevoir le plus grand glacier d'Europe continentale, le Jostedalsbreem. Le marquage du chemin de randonnée rejoignant le point de vue sur le bras du glacier appelé Austerdalsbreen est dissimulé sous les ruisseaux de la fonte des neiges. Après une heure et demie de marche les pieds dans l'eau, nous pouvons enfin admirer la rivière de glace, débordant du glacier principal.

Le lendemain, nous entreprenons un nouveau col sur la route du Sognefjellet, à cheval entre les parcs nationaux de Breheimen et Jotunheimen où se trouvent les plus hauts sommets de Norvège, culminant à un peu plus de 2400 mètres d'altitude. Là encore, nous passons du fjord à la neige en quelques kilomètres. En cette fin du mois de juin, les lacs sont encore dissimulés sous un manteau de neige. Pics montagneux, glaciers, neige, lacs, ruisseaux, ciel bleu et nuages forment des décors somptueux.

Nous continuons notre chemin à travers montagnes et lacs pour redescendre sur Geiranger. Quelques kilomètres avant le village, une plateforme offre une vue panoramique sur l'extrémité du petit fjord, où des bateaux de croisière surdimensionnés y débarquent les passagers le temps d'acheter quelques souvenirs. Une promenade de trois heures jusqu'au dessus des fermes de Skagefla nous offre une autre perspective du fjord serpentant entre les falaises d'où se jettent plusieurs cascades, dont les Sept Soeurs.

Nous rejoignons ensuite le col de Trollstingen, qui se traduit par l'échelle de Troll. Une série de têtes d'épingles zig-zag sur le flanc de cette montagne abrupte. Cette descente marquera pour nous la fin de la région des fjords et des montagnes.

Nous poursuivons notre cap vers le nord par l'Arctic Road ainsi qu'une partie de la route Kystriksveien, passant d'un ferry à l'autre, de fjords en îles, tout en écoutant « Riders on the Storm ». Si la météo ne nous permet pas de profiter pleinement des paysages, elle ne nous empêche certainement pas de faire une belle rencontre. Nous interceptons l'air de guitare avant d'apercevoir le tipi au bord du port de Forvik. Depuis cinq ans, ce groupe d'amis de Trondheim se rendent à un festival de musique sur une île située à une cinquantaine de kilomètres au large de la côte, à bord d'un tout petit voilier de viking. Naviguer sur une telle embarcation imprègne des éléments de la nature. Bloqués dans ce port depuis deux jours, Kari, Christian, Sigmund et Sverre attendent patiemment que la force du vent diminue.

Cette soirée est une bonne opportunité pour leur poser les questions que nous avons accumulées. Pourquoi la plupart des maisons sont elles rouges ou blanches ? Pourquoi les toits sont-ils recouverts d'herbe ? Pourquoi y a-t-il des lampes au bord des fenêtres ? Nous avons posé ces mêmes questions à plusieurs personnes durant notre séjour et la réponse unanime était : C'est la tradition. Alors internet nous à finalement donné des réponses plus précises. A l'époque, la couleur des maisons dépendait de la profession ainsi que de la situation financière et géographique des propriétaires. Le rouge était la couleur la moins cher à produire, créé à partir d'un mélange d'ocre et d'huile de foie de morue. Elle était la couleur la plus utilisée pour les maisons de pêcheur ou les fermes. Le jaune était un peu plus cher et fabriqué avec les mêmes substances de base. Le blanc, fait à partir de Zinc était la couleur la plus cher à produire et donc la plus luxueuse. Le poids de l'herbe et les couches d'écorces de bois sur le toit permettaient de serrer les lattes de bois et garder les murs droits. Cette couche était aussi un bon moyen d'isolation. La lumière aux fenêtres servait de guide pour que les voyageurs ou amis puissent trouver leur chemin durant les longues nuits d'hiver.

Juste au nord de Mo I Rana, nous passons le cercle polaire, marquant la limite au nord de laquelle le soleil brille en été, sans interruption pendant au moins un jour. A l'inverse, en hiver, au-delà de cette limite, le soleil ne se lève pas pendant au moins un jour.

Depuis Bodo, nous rejoignons les îles Lofoten en ferry. Cette région vit essentiellement de la pêche à la morue. Une fois séchés sur de grands étendoirs en plein air, les poissons sont exportés un peu partout en Europe, alors que les têtes sont envoyées en Afrique. L'odeur de poisson n'est jamais bien loin. Parmi les différents villages de pêcheurs, nous apprécions particulièrement Henningsvaer, où les maisons sur pilotis sont construites sur de petites îles rocheuses. A contrario de sa température, la couleur de l'eau fait penser à celle des caraïbes. Nous faisons trempette dans de l'eau à 10°C, alors que l'air n'en fait guère plus.

Nous cherchons un coin pour la nuit dans le village de Sto, lorsque j'aperçois des ailerons à l'horizon. A l'œil nu, nous pouvons observer quatre orques slalomant entre les îlots. Le lendemain, nous profitons de LA journée de soleil que nous attendions depuis plusieurs semaines pour faire une sortie en canoë. A quelques mètres de nous, des têtes émergent de l'eau, tel des périscopes. Des phoques se mettent à nous éclabousser en faisant des sauts. Cette balade est aussi l'occasion d'observer des Macareux Moine, les perroquets de l'arctique ainsi que des aigles de mer.

Au fur et à mesure que nous progressons sur l'île d'Andoy, un petit bout de ciel bleu se profile à l'horizon. Aurons-nous enfin droit à notre premier soleil de minuit ? Nous nous arrêtons sur une petite péninsule, exposée plein nord. Et oui, ici le soleil ne se couche pas à l'ouest et ne se lève pas à l'est. Le spectacle se passe au nord… Mais il ne faudra pas long pour que la pluie nous rattrape. Nous prenons la fuite et nous accrochons désespérément a ce petit bout de ciel bleu. A quelques kilomètres d'Andenes, nous nous installons sur une magnifique plage de sable blanc, protégée par une dune de sable. A 20h, à travers le plafond nuageux, nous pouvons déjà apercevoir la lumière du soleil. Durant plusieurs heures, le soleil se déplace à l'horizontale, sans toucher la ligne de l'horizon. Quel décor magique pour cette journée éternelle !

Nous rejoignons ensuite l'île de Senja qui nous offre aussi un magnifique spectacle. Après dissipation des nuages, la boule de feu apparait à 23h45 pour nous en mettre plein les yeux jusqu'à 00h30. Ca c'est ce qu'on appelle un Soleil de Minuit… Avec ses fjords et montagnes, cette île peu touristique offre un bon aperçu des paysages que l'on retrouve un peu partout en Norvège.

Après une bonne nuit de sommeil dans une prairie d'Havoysund, nous ouvrons les rideaux et découvrons, à quelques mètres de Zorro, une horde de rennes, ainsi qu'un renard serrant une proie dans la gueule. Le 3 juin dernier, lorsque nous quittions Genève, un renard au milieu d'un champ avait alors souhaité bon voyage à son compatriote Zorro (signifiant « Renard » en Espagnol). Alors que nous avons atteint notre Cap Nord, il est là pour lui souhaiter la bienvenue.

Nous avons choisi l'Arctic View d'Havoysund pour notre cap nord. Contrairement au Cap Nord, 16 kilomètres plus au nord, la vue est ici gratuite et nous sommes seuls au monde. De plus, le Cap Nord n'est pas le point le plus au nord, alors à quoi bon… Cette falaise nous offre la chance de profiter du soleil de minuit, deux nuits d'affilée. D'une minute à l'autre le décor du ciel bleu et de la mer aux couleurs nacrées laisse place à un brouillard épais diffusant la lumière orange du soleil. Le panorama change tellement rapidement, que nous avons l'impression de vivre plusieurs couchés de soleil en une nuit, sans même que le soleil ne se couche.

Nous quittons Havoysund et longeons le Bakfjord lorsque j'aperçois des mouvements dans l'eau. Un groupe d'une vingtaine de dauphins à nez blanc effectuent de magnifiques sauts acrobatiques. Durant plus d'une heure, nous sommes sous le charme des cétacés zigzagant le long de la plage.

Après plus d'un mois en Norvège, nous quittons le pays pour rejoindre la Finlande.



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