Oman

Ça y est, j'ai survécu à six mois de travail à Genève et je suis plus que jamais prête pour de nouvelles aventures. Depuis mon escapade en Iran, Raphaël a rejoint Dubai en ferry et pour ne pas faillir à la tradition, l'aéroport est notre point de rencontre. Après un déjeuné avec Jean-Luc (un ami de Genève de passage à Dubai), nous quittons la ville pour passer notre première nuit dans les dunes.

Le lendemain, les formalités à la frontière avec Oman se déroulent en un temps record. Les dunes laissent place à une plaine désertique parsemée d'acacias. Un paysage qui reflète ma projection des savanes africaines. Un fermier vient à notre rencontre pour nous souhaiter la bienvenue et nous offrir des dates. Au loin, nous pouvons déjà apercevoir les reliefs de la chaine de montagne d'Hajar regorgeant de wadis. Wadi Damm et ses piscines naturelles, est le premier d'une longue liste. Depuis les hauteurs de Jebel Shams, nous pouvons admirer le superbe canyon séparant la montagne en deux. Sur le plateau de Sayq (Jebel Akhtar), nous découvrons le village abandonné de Bani Habib. Les toits, escaliers et étages sont construits avec des branches recouvertes de terre. Les murs sont en pierres et bloques de terre alors que les portes, fenêtres et volets sont en bois sculpté. Cette forme de construction demande une maintenance constante. Même si des étoffes et autres objets témoignent d'un abandon relativement récent, beaucoup de toits sont effondrés, les murs se désintègrent et le tout est naturellement recyclé. En quelques décennies, le village est rendu à la nature sans laisser de traces.

Après beaucoup d'hésitation, nous décidons de rejoindre Salalah à l'extrême sud du pays. Huit-cent kilomètres à travers un paysage désertique sans grand intérêt. A mi-chemin : "mais pourquoi la vitre arrière est-elle humide ?" Dû à une fuite sur une connexion d'un tuyau haute pression, le véhicule ainsi que le moteur sont recouverts de diesel. Durant deux heures, nous essayons en vain de faire l'étanchéité avec du joint liquide. Alors que nous nous apprêtons à appeler une dépanneuse, Mazen et Faizal s'arrêtent pour nous venir en aide et nous proposent de nous remorquer jusqu'à Haima, à 55 kilomètres en revenant sur nos pas. Après un coup de meule et la soudure d'un vieux morceau de tuyau initialement installé sur un moteur de camion, la fuite semble réparée. Mazen insiste pour payer la réparation. "Welcome to Oman, any problem, you call me". Une centaine de kilomètres plus loin, la fuite reprend. On démonte, un coup de joint liquide et le tour est joué.

A quelques kilomètres de notre destination, une plaine d'arbres d'encens est le vestige du commerce qui prospéra durant de nombreux siècles. Nous voilà enfin à Salalah, région prisée pour le Khareef, la mousson qui redonne vie à la végétation jaunie le reste de l'année. La dernière pluie ne datant pas d'hier, les wadis sont secs et le climat est si aride qu'il est difficile d'imaginer des lacs ou des cascades. A défaut de réelle verdure, les falaises longeant la côte offrent des points de vue magnifiques alors que les montagnes regorgent de grottes. C'est aussi l'opportunité de découvrir un style de vie plus rural et simple. Tout au sud du pays, à quelques kilomètres de la frontière avec le Yemen, les arbres, buissons et yucas font le bonheur des chameaux, vaches et chèvres. Un paysage totalement différent de la plaine de Salalah. Un éleveur de chameaux nous invite à son campement pour prendre le thé et déguster son lait de chameau fraîchement tiré. Un moment très simple et agréable à échanger quelques mots et observer les chameaux dont une chamelle sur le point de mettre bas.

Les problèmes mécaniques continuent. Un boulon est tombé et à force de prendre des bosses, l'amortisseur de la barre de stabilisation a transpercé le châssis. Rien de grave, mais mieux vaut limiter les pistes jusqu'à réparation. Avant d'entamer une longue descente jusqu'au niveau de la mer, nous quittons l'asphalte pour trouver un coin paisible pour la nuit. Alors que nous roulons à la vitesse du pas, un bruit de ferraille retenti, Raphaël freine, plus de freins. Le bruit ? Une plaquette de frein s'est faite la malle. On démonte la roue pour découvrir que tout est grippé et que cette plaquette était la seule qui freinait encore. Tellement usée et fine, elle a simplement glissé entre son emplacement et le disque. On essaie d'échanger les plaquettes afin de placer la toute neuve du côté non grippé, mais le disque est tellement bouffé que ça ne solutionne pas le problème. On démonte l'autre roue pour découvrir que la situation n'est pas beaucoup mieux. 1000 mètres de descente au frein moteur et frein à main ? Petit teste sur du plat. Le frein à main est totalement inefficace ! Allo la dépanneuse ? De retour à Salalah, des indiens décoincent les freins au chalumeau, changent les plaquettes et deux heures plus tard, nous pouvons reprendre la route.

Sur la plage d'Al Mughsayl, nous avons la chance de voir les dauphins longer le rivage. Trop occupés à pêcher, la présence de deux nageurs à quelques mètres d'eux ne semble pas attirer leur attention. Au nord de Salalah, des flamands roses résident dans la lagune de Khawr Ruri, séparée de la mer par une plage sauvage. Côté océan, des tortues font surface pour prendre leur respiration alors qu'une raie zig-zag le long de la falaise. Sur la falaise, un renard du désert effrayé par notre présence à quelques mètres de sa cachette prend la fuite.

Les falaises de Salalah laissent place à une côte sauvage et désertique parsemée de villages de pêcheurs. Malheureusement le vent est tellement fort qu'il est difficile de profiter des plages. Avant de quitter la mer pour de bon, nous partons à la découverte de Wadi Ash Shab. Une marche d'environ 45 minutes mène aux piscines naturelles. A partir de là, l'exploration continue à la nage dans l'eau cristalline entourée de parois rocheuses. La gorge du wadi se resert, devenant juste assez large pour atteindre la surprise du wadi à la nage. Une splendide cascade dans une grotte. Un lieu absolument magique !

Nous rejoignons la chaine de montagne d'Hajar en empruntant des cols sur pistes à travers les paysages lunaires du plateau de Salmah, cachant des trésors tels que Majlis al Jinn, une des plus grande chambre au monde. Malheureusement, la visite de la grotte se résume à un énorme puit dont l'exploration est réservée aux géologues.

Depuis Wadi Bani Khalid, nous rejoignons les dunes du désert de Wahiba pour une nuit sous les étoiles puis empruntons le col de Hat pour nous rendre à Wadi Al Satan. En ce moment, la région semble plus sèche que la normale est les oasis en terrasses des villages perchés dans la montagne ne sont pas aussi verts qu'ils devraient l'être. C'est ici que ce termine notre séjour à Oman avant la dernière ligne droite jusqu'à Al Ain, puis Dubai aux Emirats Arabe Unis.

Trois semaines entourés de montagnes, canyons, dunes de sable et plages, à dormir loin de toute civilisation. A part pour les ravitaillements dans les épiceries ou stations essences, nous avons eu très peu de contact avec les locaux et je ne parle même pas des femmes et enfants qui semblent être une denrée rare. Le pays offre une véritable sensation de liberté. Aucune entrée à payer pour les sites "touristiques", les routes sont gratuites, le plein de carburant coûte 20 Euros et les habitants ne semblent pas prêter attention à notre présence. Probablement un contraste extrême avec la suite du voyage.

La prochaine étape est le shipping de Hyundi par bateau jusqu'en Afrique dans un container 20'. Voilà un mois que j'envoie des demandes de prix restant sans réponses. Quelques jours avant la date de départ du bateau sur lequel nous voulons embarquer le van, je prends contact avec Christophe et Devis, des amis et anciens collègues pour un petit coup de pouce. En quelques heures, me voilà avec une liste d'agents compétents, des prix et le détail de la procédure. Quelle efficacité, un grand merci à tous les deux ! Trois jours plus tard, Chamil nous guide pour les formalités d'export et la mise en container. En quatre heures, le tour est joué. Il nous dépose à la station de métro avec nos sac à dos. C'est parti pour l'Afrique !



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