Ouganda

A peine les chaises sorties de la voiture, une bonne dizaine d'enfants aux regards curieux s'agglutinent autour de nous en silence. Si timides au premier abord, il s'avère qu'ils parlent parfaitement l'Anglais et ont soif de découvertes. Il est 9 heures du matin, l'officier Ougandais s'est absenté pour quelques jours avec les autocollants des visas. A défaut de payer 100 USD (pour un simple tampon), qui iront droit dans la poche de Madame, nous décidons d'attendre. Aujourd'hui, demain, après-demain, qui sait... Durant toute la journée, nous essayons de divertir les enfants avec les moyens du bord. Jeu de balle et diapo photos. Il ne faut pas grand chose pour voir leurs visages s'illuminer. Il est 16h lorsque les visas arrivent. Le temps de distribuer des crayons de couleurs avant de prendre la route. Une journée riche en émotions pour ce vendredi Saint.

Aux pieds du Mont Elgon, des cahuttes en terre bordant la piste de terre sont entourées de leur petit terrain agricole. Une terre qui les fait vivre (ou survivre). Durant la saison des pluies, la piste devient tellement boueuse que les déplacements en véhicule deviennent difficiles. Ils ne sont pas raccordés au réseau électrique, en revanche, grâce quelques panneaux solaires, certains offrent le service de recharge de téléphone mobile. Les enfants nous saluent et essaient de nous rattraper au pas de course en criant muzunguuuuu (étrangers). Et dans tout ça, où allons-nous dormir ce soir ? Trop tard pour atteindre un village, nous nous installons au bord de la piste avec une magnifique vue sur les plantations. Avant même que nous sortions du véhicule, les premiers curieux mettent leur tâche de côté. Le groupe ne cesse de grandir. Je prends mon courage à deux mains et commence à cuisiner sous le regard d'une vingtaine d'enfants silencieux. En temps normal je décrirai des patates à l'eau comme le plat du pauvre, mais ce soir je me sens coupable de manger un plat aussi luxueux devant eux.

Le lendemain, nous atteignons notre première destination. Au bord de la falaise, le camping donne directement sur la magnifique cascade de Sipi. Mais le spectacle ne peu être apprécié à sa juste valeur sans une marche traversant les plantations de bananes et de café. Aux pieds de chacune des cascades, une piscine naturelle permet de se rafraîchir. La deuxième est particulièrement spectaculaire puisqu'il est possible de passer derrière le rideau.

A l'extrémité nord du lac Victoria, le Nile prend sa source pour un voyage de 6650 kilomètres jusqu'à la méditerranée. Nous nous joignons à quelques jeunes aussi inconscients que nous pour une descente en rafting traversant huit rapides de niveau 5. 1 raft, 1 guide, 8 fous furieux et 3 kayakeurs pour prendre soins de notre sécurité. Après le briefing, nous sommes capables de ramer et de nous entraider à remonter à bord. Tout ce qu'il nous faut pour affronter les eaux du Nile. Le premier rapide est le plus technique et nous n'avons pas le doit à l'erreur. Trop de rochers, peu de profondeur et beaucoup de remous. Deux coups de rame et nous voilà pris par le courant. Accrochez vous, tout le monde à terre ! Une vague nous recouvre et Raphaël se retrouve à l'eau. En une fraction de seconde, un coéquipier l'attrape par le gilet et le glisse à bord. Juste à temps pour affronter la prochaine vague. Oufff, nous voilà tiré d'affaire. Après avoir repris nos esprits sur un tronçon tranquille, nous sommes prêts pour la suite. La voie des poules mouillées ou des lions ? Quelle question, des lions bien sûr ! Accrochez vous, tout le monde à terre ! Alors que le raft se retourne, toute l'équipe est propulsée dans les remous et je me retrouve prise au piège sous le raft. Un moment de panique qui ma coûté quelques gorgées du Nile. Le prochain rapide est réservé pour les experts. Nous contournons la chute principale à pieds et remontons à bord pour le dernier tronçon. Poules mouillées ou lions ? Le raft vol et nous voilà catapultés dans les eaux tumultueuses. Je garde ma respiration durant de longues secondes en attendant que la machine à laver s'arrête. Une fraction de second à la surface me permet de reprendre une demi-bouffée d'air avant d'être prise par la prochaine vague. Les kayakeurs nous attrapent un à un pour nous sortir de ce cauchemar. Prochain rapide, poules mouillées ou lions ? Huuuummm, lions veut-il nécessairement dire chavirer ? Yessss. Il n'y a pas de mal à être une poule mouillée, non ? Difficile de juger où est la limite entre le plaisir d'une montée d'adrénaline et la peur... Cliquez ici pour voir la vidéo de cette journée de rafting !

Au nord du pays, nous retrouvons le Nile dans un tout autre contexte. En fin d'après-midi, les femmes marchent en file indienne en direction du fleuve. Dans l'eau, des branches forment une barrière protégeant les filles des crocodiles lorsqu'elles remplissent leurs bidons. Peu habituées à avoir des visiteurs sur leur lieu de travail, elles s'accordent une pause. Derrière leur timidité se cache une grande part de curiosité. Elles regardent mes cheveux longs, mes yeux verts, ma peau claire. Elles pointent à mes boucles d'oreille, mon bracelet et ma ceinture. En Afrique, l'approvisionnement en eau est la tâche des femmes. Dès leur plus jeune âge, elles transportent des bidons de 20 litres en équilibre sur la tête. Sur le chemin du retour, je soulage l'une d'entre elle de son second bidon de 10 litres. Ce n'est que la moitié de la charge que porte cette petite fille de 8 ans et déjà, je ressens les méfaits sur ma colonne vertébrale. Nous ne nous rendons pas compte de la chance que nous avons de ne pas avoir à marcher des kilomètres et suer sous le soleil pour chaque goute d'eau transportée. Et la qualité de l'eau ? Ils boivent l'eau brunâtre du Nile et nous avons de l'eau potable pour nos chasses d'eau. La majorité des enfants ont d'énormes ventres ronds. Un signe de problème de malnutrition et d'hygiène alimentaire. Dans la région, il n'y a rien à manger. Nous avons fait la ronde des villages dans un rayon de 10 kilomètres, pas de fruits, pas de légumes à l'exception de kasava (un légume racine). Dans ce même village, les eco-lodges se font livrer les provisions pour servir des plats raffinés aux muzungus (étrangers).

A bord d'un petit bateau, nous remontons le Nile et admirons la faune et la flore des berges du fleuve. Les groupes d'hippopotames se succèdent. A tout moment, ils lèvent la tête pour inspecter nos mouvements. D'énormes crocodiles attendent leur proie sur les plages alors que d'autres sont dans l'eau, à proximité de leurs mini progénitures. Dans les hautes herbes, les sangliers et antilopes broutent côte à côte. Malgré la saison des pluies, nous avons la chance de voir un éléphant. Après deux heures de navigation, nous atteignons le point d'intérêt du parc national. Les eaux du Nile se resserrent soudainement dans une gorge de 7 mètres. Nous grimpons jusqu'au sommet pour admirer la puissance phénoménale des Murchison Falls.

Au sud du pays, les stars du parc national de Kibale sont les primates. Accompagnés d'un guide, nous pénétrons la forêt à la recherche des chimpanzés. Guidés par leurs cris, nous trouvons un groupe que nous suivons durant environ 2 heures. Alors que les femelles et leurs petits sont plutôt timides et distants, les mâles ne rechignent pas contre de la compagnie. Certains mangent les fruits dans les arbres, d'autres sont confortablement couchés dans les feuilles, le regard méditatif. Il est déconcertant de découvrir des positions, mimiques et caractères aussi familiers. Ce fût un moment absolument extraordinaire.

En continuant notre chemin direction du sud, nous traversons la région des lacs volcaniques. Une région très verte où les habitants cultivent principalement des bananes. "Licodo Community Development Organisation" est un projet communautaire principalement dédié à donner un avenir aux orphelins. Dans les années 90, 14% de la population Ougandaise (jusqu'à 30% dans les zones urbaines) étaient porteurs du virus HIV. Une moyenne qui grâce aux campagnes de lutte contre le virus est descendue a 8% en 2001. Malheureusement les orphelins sont aujourd'hui la conséquence de cette pandémie. Pour faire un don ou sponsoriser les études d'un enfant, vous pouvez visiter le site www.licodo.weebly.com. Les profits du "Lake Nkruba Enfunzi Camp" aident à financer le projet. Son emplacement surplombant le lac ainsi que la forêt laissée à l'état sauvage est un petit coin de paradis pour les singes (Red colobus monkeys, red tailed monkey, black and white colobus and verevet).

Aux abords d'une route publique traversant la savane du parc national de Queen Elizabeth nous avons la chance de voir des éléphants, buffalos et des antilopes. En approchant le parc national de Bwindi, le paysage devient plus vert et vallonné. L'environnement parfait pour les plantations de thé recouvrant les collines.

Il nous faudra 2 heures de marche sur un chemin humide et escarpé pour rejoindre le cœur de la forêt de Bwindi. En apercevant cette touffe de poils dans les buissons, je suis prise par une vague d'émotion. A quelques mètres de moi, le mâle dominant me regarde droit dans les yeux. Autour de lui, les femelles remplissent leur bouche de feuilles et branches tandis que les petits jouent maladroitement. Nous sommes côte à côte avec une famille de gorilles. Une dizaine d'adultes et trois petits qui ne semblent pas préoccupés par notre présence. Près de la moitié de la population mondiale des gorilles des montagnes (menacé de disparition) se trouve en Ouganda. Environ 880 individus répartis entre le Ruanda, Ouganda et le Congo. Afin de générer des fonds pour la protection de l'espèce, quelques familles ont été habituées à la présence de l'homme dans leur habitat naturel. Croiser le regard d'un tel animal est une expérience incroyable.

Les paysages vallonnés que nous traversons jusqu'au sud du pays sont mes préférés. Une région totalement rurale où l'on découvre les habitants occupés à leurs tâches quotidiennes. Des collines recouvertes de patchwork aux différents tons de vert selon ce qui a été planté. Des bananes, du maïs, du thé, du café, des forets de pins ou d'eucalyptus. La triste réalité est qu'à part dans les parcs nationaux, il ne reste plus de forêts naturelles. Tout ce qui n'est pas protégé part en fumée, transformé en charbon.

Nous terminons notre séjour en Ouganda au bord du lac Bunyonyi. Ces bras font penser à des fjords entourés de collines verdoyantes. Nous louons une pirogue afin de lézarder sur le lac et ses îles. En observant les locaux passer d'une rive à l'autre, les manœuvres semblent si faciles. Et pourtant... Tenir un cap avec des rames étroites et une pirogue taillée dans un énorme tronc d'arbre n'est pas aussi simple qu'il n'y parait.

Pour notre dernière nuit en Ouganda, nous avons découvert un petit coin s'apprêtant au camping sauvage. Tout comme notre première nuit aux pieds du Mont Elgon, un groupe de spectateurs silencieux s'est vite formé. Mais après presque un mois dans le pays, nous nous sommes résignés à être l'attraction des villageois.



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