Ouzbékistan

Pour beaucoup, Bukhara et Samarkand sont les points culminant d'un voyage en Asie centrale mais malgré leur architecture islamique à couper le souffle, ce ne fût pas notre cas.

Après avoir quitté l'Iran, nous avons obtenu notre visa de transit Russe à Erevan et nous avons foncé à travers l'Arménie, la Géorgie, la Russie et le Kazakhstan afin de rejoindre l'Ouzbékistan avant que notre visa n'expire. En quelques jours seulement, nous avons conduit 3500 kilomètres, passé des heures à traverser 5 frontières, nous avons été arrêtés par bien trop de policiers mais nous en sommes sortis sans y laisser un seul kopek ! Qu'est-ce qu'on est bons !

Il ne nous a pas fallu longtemps pour découvrir quel allait être notre plus grand défi en Ouzbékistan. La première station-service mentionnée sur notre carte depuis le Kazakhstan était fermée. À Kongrat, la jonction pour rejoindre la mer d'Aral, nous avons fait toutes les stations de la ville, en vain. L'ensemble du pays fonctionne au gaz méthane et propane, y compris les plus gros camions. Alors que nous étions parqués devant une pompe hors-service, «une station mobile» est venue à nous. Nous avons été escortés sur quelques kilomètres par un vieil homme au guidon de son side-car chargé d'un fût d'essence. Garé dans son jardin, nous avons "fait le plein" avec ses derniers 20 litres de diesel stockés dans des bouteilles d'huile moteur et d'eau. Difficile à dire si le carburant était propre ou coupé à l'eau, c'était notre seule chance d'arriver à bon port. Malheureusement Nukus, notre «bon port» n'avait pas plus de carburant que la ville précédente et une fois de plus, nous avons été dépendants du marché noir. En route vers le sud, nous nous sommes arrêtés à chaque station et nous nous sommes habitués à la réponse: "Diesel niet!", jusqu'à ce que nous trouvions finalement notre sauveur ! Là, nous avons rempli notre réservoir et toutes les grandes bouteilles d'eau que nous avions mis de côté pour l'occasion. On aurait pu s'imaginer que la situation s'améliorerait dans les plus grandes villes telles que Bukhara ou Samarkand, mais bien que nous ayons finalement trouvé notre bonheur, ce ne fut pas mince affaire.

Notre plan d'atteindre l'eau de la mer d'Aral est tombé à l'eau. A cours de diesel, nous avons été limités à Moynaq et ses épaves. Il est difficile d'imaginer qu'il y a encore 35 ans, les pêcheurs déchargeaient leur cargaison ici. Malheureusement, les plantations de coton très gourmandes en eau ont réduit la mer d'Aral à 10% de sa taille originale. Ces navires reposent maintenant sur les anciennes berges, à plus de 100 kilomètres du littoral actuel.

Après des milliers de kilomètres aux paysages ennuyeux depuis la Russie jusqu'ici, en découvrant le fort d'Ayaz Qala perché sur une colline, nous avons d'abord cru à un mirage. Contrairement au lac asséché à proximité (un autre, n'apprennent-ils pas la leçon?), le fort érodé était lui réel.

Y a-t-il quelqu'un qui s'occupe de l'entretien des routes dans ce pays? Quelqu'un? Vraiment? C'est sérieux? C'est ce que nous nous demandions presque tous les jours. Même les routes classées "route principale" étaient dans un état lamentable. Surprenamment, de temps à autres, les routes défoncées alternaient avec des autoroutes immaculées à double voie. Curieusement, ces bons tronçons étaient généralement dans des endroits inhabités, genre au milieu du désert. Le point positif de ce laisser-aller, c'est qu'il n'y a nul besoin d'investir dans des "gendarmes couchés", ni dans des radars, ni dans des gendarmes tout court. Libre à chacun de tuer sa voiture.

Les anciennes villes de la route de la soie, Khiva, Bukhara et Samarkand regorgent de magnifiques mosquées, madrasas, minarets, mausolées, palais, caravansérails et bazars décorés de carreaux bleus. La plupart d'entre eux sont inactifs et transformés en musées. Certains sont plus restaurés que d'autres, mais ce qu'ils ont tous en commun sont les boutiques de souvenirs. Les piliers en bois sculptés de la mosquée de Juma à Khiva, les mausolées colorés de Shah-i-Zinda à Samarkand ainsi que le majestueux Kalon Medressa à Bukhara sont plus imposants les uns que les autres, mais après l'Iran nous avons simplement eu une overdose de mosquées. La température quotidienne n'a pas aidé non plus. Avec 40 degrés de 9h à 18h, nous étions des légumes cuits se reposant sur chaque banc ombragé.

Avec le manque de diesel et les routes défoncées, il fût difficile de sortir des sentiers battus. Nous nous sommes sentis limités aux principales attractions touristiques du pays. En outre, chaque touriste est censé être enregistré à l'OVIR au minimum toutes les 3 nuits. Cette procédure est effectuée par les hôtels. Dans notre cas, comme nous logeons dans notre van et n'utilisons pas d'hébergements, nous n'avons pas été enregistrés une seule fois en 9 jours et avons donc enfreint la loi. Heureusement, nous sommes miraculeusement passés entre les goutes. Contrairement à nos amis, personne n'a demandé nos fiches d'enregistrement à la sortie du pays.

En arrivant à la frontière de Beyneu-Kongrat depuis le Kazakhstan, nous avons été mis en tête de file devant des dizaines de véhicules. Les véhicules étaient vidés et inspectées de font en comble de la roue de secours, au filtre à air en passant par l'extincteur et les enjoliveurs. Heureusement, nous avons eu droit au traitement spécial «touriste» et ont seulement demandé à voir nos médicaments. S'ils avaient été aussi méticuleux avec Hyundi, nous y serions encore ! Étonnamment, ils ont été plus intéressés par notre voiture en quittant du pays. Quoi qu'il en soit, les officiers étaient amicaux et bien éduqués, certains parlaient l'anglais ou même l'allemand.

Nous avons conduit des milliers de kilomètres à travers ces paysages désertiques où le prochain virage pourrait être à une distance de 50 à 200 kilomètres. C'est seulement après avoir quitté Samarkand pour rejoindre la frontière du Tadjikistan que nos yeux ont dû s'adapter à voir du relief. Nous avions hâte de prendre l'air dans les montagnes du Tadjikistan.




Histoire précédente - Iran            Histoire suivante - Tadjikistan