Tadjikistan

Notre arrivée au Tadjikistan fût comme un soulagement. Ils construisent les routes avec ce matériel appelé asphalte ! Et ils vendent même du diesel dans les stations-service !!! Après un séjour jonché d'obstacle en Ouzbékistan, nous avons appris à ne pas prendre les choses simples comme acquises.

Dès notre arrivée nous avons mis le cap sur les montagnes du Fan regorgeant de lacs aux couleurs idylliques. A Iskander Kul, le plus visité de tous, une magnifique et puissante cascade se jette dans une gorge étroite 30 mètres plus bas. À l'extrémité ouest des montagnes du Fan, nous avons suivi une vallée jusqu'au village isolé de Marguzor. La route étroite longeant la rivière grimpe d'un lac à l'autre jusqu'au septième et dernier lac. Les quelques habitants de ces hameaux mènent une vie très simple. Ils vivent dans des maisons en pierre et en boue. Au cours d'une randonnée du 6ème au magnifique 7ème lac, nous avons croisé quelques ânes surchargés, ravitaillant les habitations les plus reculées haut dans la montagne. Passer l'hiver coupé du monde dans un endroit aussi isolé doit être assez extrême.

Par coïncidence, nous avons rencontré Charlotte & Frederik, un couple Allemand voyageant avec leur Land Rover. Nous nous étions brièvement rencontrés une semaine plus tôt à Samarkand. Nous avons passé quelques jours ensemble à profiter d'une belle plage au bord du 3ème lac à l'eau turquoise. Après tant de conduite, ces quelques jours de détente dans un endroit aussi calme et magnifique furent bien mérités ! Excepté en Turquie où nous avons dû attendre notre visa Ouzbek, c'était la première fois du voyage que nous passions plus d'une nuit au même endroit.

Malheureusement, avec les bonnes routes asphaltées, se sont amplifiés les contrôles de police et de vitesse. Les locaux ne discutent même pas. Lors d'une poignée de main, ils remettent discrètement un billet caché à l'officier. Nous avons d'abord joué les imbéciles et ils nous ont remis nos documents sans discuter. "Ces touristes sont tellement stupides..." Nous avons commencé à être agacés lorsque l'un d'entre eux nous a accusé d'avoir excédé la vitesse alors même qu'il n'a pas pointé son pistolet/radar sur nous. Rapha a haussé le ton, repris ses documents et s'en est allé. A Dushanbe, nous avons perdu patience lorsqu'il nous était impossible de faire plus de 200 mètres sans nous faire arrêter ! Nous avons d'abord refusé de leur donner nos documents, puis décidé de ne simplement plus nous arrêter. Étonnamment, cela n'a pas sembler les déranger. Ils se sont retournés et ont arrêté le véhicule suivant. En discutant avec les locaux, nous avons finalement compris la raison.

"Regarde, il y a le frère d'Hyundi ! Oh, un autre !" Le pays abonde de Hyundai Starex, c'est LE mini-van utilisé pour les transports en commun. Le côté positif c'est qu'on trouve pleins de pièces de rechange et que les mécaniciens savent travailler sur ce véhicule. L'inconvénient c'est que les policiers nous confondent avec les transports locaux n'ayant généralement pas leurs papiers en ordre (devant donc soudoyer la police).

Un mécanicien a trouvé la source d'un de nos «claque». Quelques heures plus tard, Hyundi était prêt pour un long périple à travers les montagnes du Pamir. Mais avant de quitter la capitale, un minimum de planification était essentiel. Quel est l'état actuel de la route ? Un pont s'est effondré sur le premier tronçon de la M41, ce qui signifie que nous ferons un détour le long de la frontière Afghane. Où pouvons-nous obtenir du diesel en chemin ? Notre consommation de diesel va-t-elle beaucoup augmenter en raison de l'altitude ? Combien de kilomètres jusqu'à la prochaine ville digne de ce nom ? Après s'être approvisionné en nourriture, nous avons quitté Dushanbe avec notre réservoir rempli à ras bord, plus 60 litres supplémentaires stockés dans des bidons fixés derrière mon siège... Ca devrait le faire jusqu'à la prochaine station-service à Khorog !

Ensemble avec «The Germans» Charlotte & Frederik, ainsi que «The Swissies», Agnes & Johan, nos amis Suisses voyageant avec leur van Toyota Hiace, nous étions fin prêts pour ce périple de 1600 kilomètres.

Peu avant la rivière de Pyandzh séparant le Tadjikistan de l'Afghanistan, un glissement de terrain à bloqué la route parfaitement asphaltée. Il a fallu quelques heures aux bulldozers pour frayer un chemin à travers les énormes rochers. Les 600 kilomètres suivants, nous avons voyagé le long de la frontière Afghane. Juste de l'autre côté de la rivière parfois étroite, nous avons découvert des villages Afghans isolés. La moisson et la récolte des champs escarpés se fait à main. Les champs blonds sont recouverts de petits paquets parfaitement ficelés. Le paysage était magnifique. Nous avons été impressionnés par les travailleurs Afghans sculptant une «route» dans une falaise verticale avec peu de moyens. En raison du terrain inhospitalier, le ravitaillement se fait à pieds avec des charges lourdes sur le dos.

Notre route parfaitement asphaltée était trop bonne pour être vraie. Peu avant de rejoindre la M41, elle s'est grandement dégradée : le gravier alternait avec des nids de poule et des restes d'asphalte. "Pfuiiiiiittttt" Un de nos pneus a rendu l'âme. La fissure était trop large pour être réparée. Bloqués dans les montagnes à 650 kilomètres de la capitale, avec plusieurs centaines de kilomètres de piste jusqu'à la prochaine ville, nous ne pouvions pas quitter Khorog sans le remplacer. "Y a-t-il un autre voyageur à Dushanbe qui pourrait nous apporter un nouveau pneu ? Qu'en est-il de ce chauffeur que nous avons rencontré quelques jours plus tôt, peut-être connaît-il quelqu'un? Avez-vous encore le numéro de téléphone du garage Toyota à Dushanbe?" A Khorog, nous avons fait la tournée des magasins et ateliers. "Un pneu chinois tout mou pour plus de 100 USD? Un autre pneu chinois légèrement trop grand? Un pneu d'occasion avec des fissures énormes pour 65 USD? Quelle affaire!" Un mécanicien nous a proposé ses quatre pneus très usés et presque de notre taille gratuitement. Les voyageurs quittant Dushanbe étaient prêts à nous apporter un pneu, mais le garage Toyota n'en a pas trouvé un seul de notre taille dans la capitale. "Nous pourrions prendre deux pneus usés gratuits au cas où un autre nous lâche en route ?" Alors que nous étions sur le point d'aller pour cette dernière option, nous avons rencontré quelqu'un avec un pneu usé de notre taille dans un état similaire aux nôtres pour 50 USD. Deal! C'est parti pour la vallée de Wakhan !

Après avoir quitté Khorog, la vallée s'est élargie, est devenue plus verdoyante avec des hauts sommets enneiges en arrière-plan. Cet endroit est tellement reculé. Nous sommes à l'extrémité sud du Tadjikistan, sur une route terrible entre les montagnes du Pamir et l'Afghanistan. A part quelques hameaux, il n'y a vraiment pas grand-chose. À Langar, nous avons quitté la rivière et commencé notre ascension à travers des paysages lunaires fascinants donnant sur le massif de Karakorum au Pakistan. Lentement, nous avons gagné en altitude et avons franchi quelques cols à plus de 4000 mètres avant d'atteindre le plateau du Pamir et le lac Yashil Kul. Lors d'un petit détour nous nous sommes fait surprendre par une étendue marécageuse. "Oups, pensez-vous que ça passe ?" «The Germans» ont mis pied au plancher avec leur Land Rover et ont traversé comme une lettre à la poste. Vu qu'il aurait été impossible de traverser avec le Toyota des «The Swissies», nous avons décidé de rebrousser chemin avec eux et de nous retrouver au prochain village. À Murghab, nous avons dit au revoir à Agnès et Johan qui avaient grand besoin de repos et avons continué notre chemin avec «The Germans». Nous avons longé les sommets enneigés de la Chine et atteint le col d'Akbaytal à 4675 mètres d'altitude avant de descendre vers l'immense lac bleu de Karakul. Ce fût notre dernière nuit au Tadjikistan avant de franchir le poste de frontière situé au milieu de rien dans les montagnes.

En dépit des mauvaises routes, des glissements de terrain imprévisibles et des ponts effondrés, la Pamir Highway est un voyage incroyable dans l'un des coins les plus reculés du monde. Sur ce périple de 1600 kilomètres, nous avons eu un avant-goût de l'Afghanistan, un aperçu des hauts pics du Pakistan et des sommets enneigés de la Chine. Hyundi a digéré le mauvais diesel produisant une terrible fumée noire, mais a franchi les cols sans trop de douleur. Nous aussi, nous avons bien géré l'altitude :-) et avons dormi quelques nuits à 4000 mètres. Etonnement, la température quotidienne de 35 degrés a seulement chuté au-dessus de 3500 mètres lorsque le vent a pris le dessus. Bien que nous ayons été légèrement plus prudents le long de la frontière Afghane, le Tadjikistan est un paradis du camping sauvage. Non seulement les bivouacs sont plus beaux les uns que les autres, mais les habitants ne sont pas dérangés par notre présence sur leur territoire. Outre les quelques contrôles militaires où nous avons dû nous enregistrer, cette partie du pays était sans tracas policer. Impossible de faire un excès de vitesse sur ces routes...

Le Tadjikistan est grand, grands paysages, grands horizons, grands nids de poule. Beaucoup de liberté, il est difficile à saisir et parfois difficile à maîtriser, mais n'est-ce pas ce que sont les meilleures expériences ?




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