Tanzanie

Après avoir contourné le lac Victoria depuis l'ouest du Kenya, ce n'est qu'à Bukoba en Tanzanie que nous l'avons enfin découvert. Dû à la montée du niveau du lac, notre camping a perdu 30 mètres de terrain en 8 mois. Les balançoires et le toboggan du terrain de jeu baignent à une dizaine de mètres du rivage. Le deuxième plus grand lac au monde (en superficie), est comme un océan.

La décision d'éviter les attractions principales du pays (Cratère d'Ngorongoro et parc national de Serengeti affichant des prix exorbitants) nous a laissé avec peu de points d'intérêts à visiter dans le pays. De plus, la saison des pluies n'est pas non plus le moment idéal pour gravir les pentes du Kilimandjaro. Sachant que nous aurons l'opportunité de visiter d'autres réserves plus abordables au sud de l'Afrique, nous décidons de traverser le pays sans nous attarder.

Dès notre arrivée en Tanzanie, nous avons été agréablement surpris par les vastes paysages et régions peu peuplées. La route nationale traverse des kilomètres de plantations de canne à sucre, de tournesol et de riz. Nous avons été surpris de ne plus être le centre d'attention des locaux lors de nos arrêts. Par exemple, les villageois ne nous ont pas prêté attention lorsque nous avons campé sur un terrain à une vingtaine de mètres de leur maison. Mais ce n'était qu'une des rares occasions où personne ne s'est plaint de notre camping sauvage.

Dû au manque de campings, nous avons à plusieurs reprises bivouaqué sur des parkings sécurisés de motels, mais ce ne fût pas une solution idéale. Puisque les grands espaces le permettent, nous avons essayé de revenir au camping sauvage. Mais là encore, ce ne fût pas une réussite. Par manque d'indications, nous nous sommes malencontreusement retrouvés à deux reprises sur des réserves naturelles et une fois sur une zone militaire. Après de longues discussions, nous avons réussi à nous tirer d'affaire sans laisser de "cadeau", ni passer par le poste de police. A propos de la police...

Les panneaux de vitesse n'ont aucun sens. 20 km/h ou 50 km/h lorsque qu'il n'y a que des champs à perte de vue, ou à l'inverse, aucune indication alors que nous traversons des villages. Il est assez commun que les panneaux soient volés afin d'être convertis en objets plus utiles. Mais cela n'a pas d'importance pour les policiers et leur radar mobile. Ils vous arrêtent en vous demandant votre permis de conduire et la préparation de la somme fixe de 30'000 shillings (env.15 CHF) pendant qu'ils remplissent leur petit carnet. La corruption ne semble pas faire parti de leur quotidien. Nous avons échappé au paiement de deux contraventions sur un total de quatre excès de vitesse. Lors d'un contrôle, Raphael était certain d'avoir obéi à toutes les règles. Lorsque le policier lui a montré la photo (53km/h dans une zone à 50) en lui expliquant que c'est considéré comme un excès, Raphael a tourné au vinaigre. Seul ma prise en main de la situation nous a permis de passer entre les gouttes. Pour vous dire à quel point nous sommes devenus paranos, j'ai passé mes journées à anticiper les contrôles en scrutant la route avec des jumelles alors que Raphael gardait les yeux rivés sur le compteur plutôt que sur la route.

Nos mésaventures ont été surenchéries à quelques mètres de la barrière de la frontière en quittant le pays. Exceptionnellement, il nous restait des Tanzanian Shillings à changer. Tout comme en Colombie, je savais déjà que j'allais me faire avoir, mais j'ignorais encore de quelle manière. Je tombe d'accord sur le taux avec les changeurs (marché noir) agglutinés à ma fenêtre. Ils me tendent les Kwacha (monnaie du Malawi) que je compte calmement. Je leur tends ensuite les Shillings Tanzaniens qu'ils comptent sous mes yeux. Le compte est bon. Tout à coup, un de ses collègues lève le ton. Le taux ne les arrange plus et ils insistent pour que nous ajoutions 50'000 shillings (25 CHF). Pas question. La scène devient chaotique. Tous le monde hurle. Je leur retourne leur liasse de Kwacha en même temps qu'ils me rendent mes shillings. En une fraction de seconde tout le monde se volatilise, tout comme les 50'000 shillings qui ont disparus de la liasse qui vient de m'être retournée. Furieuse, je sors de la voiture en hurlant. Un peu plus loin, je reconnais l'un d'entre eux. Lorsque je lui crie au visage de me rendre mon argent, il me dit avec le sourire aux lèvres que mon argent s'est volatilisé. "Il s'est quoi ?" Il n'a pas le temps d'ouvrir la bouche que je le l'empoigne par la chemise. Enragée, les boutons sautent un à un alors qu'il essaie de se libérer. Lorsque finalement je lâche prise, il prend la fuite avec une chemise en lambeaux. Même si nous n'avons aucun espoir de retrouver notre argent, nous décidons de tout de même aller au poste de police. L'officier monte à bord et nous retournons à la frontière. Raphael et le policier sortent de la voiture et identifient les badauds un à un. "Non, pas lui. Lui non plus." Dans un jardin à l'arrière des maisons, ils tombent sur le groupe de bandits sagement assis. "C'est lui !" Son visage se fige. Personne ne bouge. Sans quitter l'officier des yeux, le jeune homme met la main dans sa poche et sans compter, lui tend la liasse avec la somme exacte. Ils font ça tous les jours, mais ils sont assez stupides pour se faire attraper aussi facilement.

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