Vietnam

La nuit tombée, en arrivant à Dien Bien Phu, le minibus se vide peu à peu. J'informe le chauffeur que je veux me rendre à la gare routière desservant Hanoi. Au garage des minibus, une voiture m'attend afin de me déposer à 500 mètres de là, exactement où les derniers passagers sont descendus. En découvrant le comité d'accueil à la sortie du véhicule, je comprends que le chauffeur était de mèche avec une des compagnie qui s'empresse de me guider vers son bus. N'ayant pas encore retiré de Dong, une employée m'accompagne au distributeur le plus proche. Ma carte est refusée. Elle demande alors à un autre employé de me conduire (à moto) à un autre distributeur, à quelques kilomètres de là. Me voilà enfin prête pour ce voyage de nuit en bus couchette. Qu'est-ce qu'il ne faut pas faire pour avoir une passagère supplémentaire !

A l'aube, les motos chargées de fruits et légumes circulent déjà dans les rues de la capitale. Le code de la route ne semble pas s'appliquer aux deux-roues se croisant dans toutes les directions. Les vélos, motos et chariots sont chargés avec savoir faire. Comme dans plusieurs villes d'Amérique du sud, chaque rue est dédiée à la vente d'un article spécifique. La rue des chaussures, la rue de la soie, la rue des articles en ferraille, la rue des lampions, etc. Il est assez amusant de s'installer sur un mini-tabouret d'un stand de rue et observer le chaos. Pour le nouvel-an, une scène a été installée près du lac Hoan Kiem. Il y a bien eu un compte à rebours, mais le passage à la nouvelle année n'a pas suscité d'émotions aux habitants. Pas d'accolades, pas de champagne, au dodo...

En arrivant sur l'île de Cat Ba, je me laisse guider par une dame m'accostant à la sortie du bus. A ma surprise, elle me propose une véritable chambre d'hôtel avec vue imprenable sur la mer et le couché de soleil pour la modique somme de 6 francs la nuit. Que demander de plus ? Une belle plage de sable blanc peut être ? Si le village de Cat Ba est une bonne base pour explorer le parc national mais surtout la magnifique baie de Lan Ha, il ne faut pas s'attendre à une station balnéaire.

Malgré la petite déception de ne pas avoir vu d'animaux, la marche de 5 heures à travers le parc national m'a permis de découvrir une végétation verdoyante. En revanche, la journée en canoë dans la baie de Lan Ha était fascinante. Les énormes formations rocheuses sont les restes d'une énorme plaque de calcaire érodée par la pluie. En canoë, nous slalomons entre les différentes îles et découvrons des lagunes encerclées de parois rocheuses, accessibles (ou pas) par des tunnels selon la marée. La baie de Lan Ha est la prolongation de la très populaire baie d'Halong, mais a le grand avantage d'être beaucoup moins fréquentée. Ici, pas de bruit de moteur, pas de touristes, juste le chant des oiseaux et les cris des singes. C'est juste magique !

A Ninh Binh, situé un peu plus au sud de Hanoi, je loue un scooter pour visiter différents temples, dont la pagode de Bich Dong qui a été construite dans une grotte surplombant les rizières. Accompagnée d'un couple de Français, nous dégotons une barque à l'écart du site extra touristique de Tam Coc, pour une balade sur un canal slalomant entre les montagnes calcaires et traversant des grottes.

Je rejoins ensuite le parc national de Phong Nha Ke Bang connu pour ses magnifiques grottes. Malheureusement la météo n'est pas de la partie et les accalmies de pluie sont plutôt brèves. Je monte tout de même à bord d'un bateau menant à la superbe grotte de Phung Na. Après une vingtaine de minutes de navigation sur la rivière, le moteur est coupé. Nous pénétrons la grotte à la rame et naviguons de caverne en caverne superbement décorées de stalactites et de colonnes.

Je continue ma route vers le sud jusqu'à Hué, ancienne capitale impériale du Vietnam durant le XIX et une partie du XXème siècle. Dans l'enceinte de la citadelle, un deuxième rempart entouré d'eau protège le palais royal ainsi que la cité pourpre interdite, l'espace où vivaient l'empereur et sa famille. Malheureusement, une grande partie des bâtiments ont été détruits par les Français, puis par les Américains lors des différentes guerres. Le toit du pavillon de lecture qui fût épargné par les bombardements est magnifiquement décoré de mosaïques en morceaux de porcelaine cassés. A vélo, je me rends au Mausolée de l'Empereur Tu Duc, à quelques kilomètres de là. Ce site lui servant de résidence secondaire et était aussi le lieu où vivaient ses épouses et concubines. Il y fit construire sa sépulture, mais ne fût finalement pas enterré ici. En revanche, on y trouve le tombeau de la reine Lê Thien Anh, ainsi que de son neveu l'empereur Kien Phuc.

Je rejoins ensuite Hoi An, dont le port était autrefois l'un des plus importants de l'Asie du sud-est. Située sur les routes maritimes du commerce de la soie, des navires Européens, Américains et Asiatiques venaient charger leurs cales des trésors de l'Orient. On peut aujourd'hui admirer des maisons à l'architecture influencée par les Japonais et Chinois qui passaient plusieurs mois de l'année à Hoi An, ainsi que des maisons datant de la colonisation Française. Bien que touristique, il est très agréable de flâner dans la vieille ville, visiter ces anciens bâtiments ou se balader le long de la rivière. Le soir, les lampions de soie multicolores décorent les ruelles et se reflètent dans l'eau de la Thun Bon.

A une cinquantaine de kilomètres de là, le sanctuaire de My Son était un centre religieux Indou du royaume de Champa entre le IV et XIII siècle. La majorité des temples étaient dédiés aux divinités hindoues, particulièrement Shiva, considéré comme fondateur et protecteur de la dynastie de Champa. Le site fût largement bombardé durant la guerre. Il ne reste donc que quelques temples sur les 68 structures de l'époque. Cette visite me donne un avant-goût du site d'Angkor au Cambodge, où la végétation a pris procession des temples.

A 5h du matin, le conducteur d'un mototaxi m'emmène dans un autre quartier de la ville. Il me fait ensuite monter dans sa voiture et m'annonce que le bus part à 6h30 de Danang, à une heure de route (on m'avait confirmé que le bus partait de Hoi An). Arrivé à la station, j'attends dans le froid jusqu'à ce que j'apprenne que le bus ne part qu'à 8h30. Ce long voyage est entrecoupé de quelques pauses pour manger ainsi que du passage de la frontière avec le Laos. Il est 21h30 lorsque le chauffeur m'annonce que je suis arrivée à Pakse, ma destination. Il me donne mon sac, me fait descendre et s'en va. Un Laotien m'informe que je me trouve à Seno, plus de 200 kilomètres au nord de ma destination. Il fait nuit, il n'y a pas un chat et je n'ai pas encore de KIP pour me payer un billet de bus. M'apprêtant à m'installer sur un banc pour la nuit, l'homme me tend le billet de bus qu'il vient d'acheter pour moi. Je suis prise d'émotions. D'un côté la colère et l'humiliation provoquée par le chauffeur Vietnamien et d'un autre côté par la générosité de ce Laotien. A 22h, un peu anxieuse à l'idée d'arriver à destination en pleine nuit, je monte à bord du bus et m'endors rapidement. Quelques kilomètres avant d'arriver, le chauffeur s'arrête afin de dormir quelques heures. A 5h, le moteur se remet en route pour une arrivée toute en douceur à Pakse après 25 heures de bus. En regardant mon passeport, je me rends compte que nous avons passé une frontière plus au nord que ce qui était prévu. Le chauffeur Vietnamien n'a donc jamais eu l'intention de me déposer à Pakse et il n'a même pas eu le courage de me le dire, ni même au moment ou il m'a fait descendre du bus de nuit dans un bled perdu.

Je n'aime pas faire de comparaison entre les pays, mais après le Laos, le contraste est assez flagrant. Les Vietnamiens savent tirer profit de chaque type de touriste. Les vacanciers occidentaux ont leur propre chauffeur et guide au prix vacancier alors que les baroudeurs se font guider comme des moutons par groupes de 50 personnes à des prix défiants toute concurrence. Pour les plus débrouillards, il y a moyen de louer ou acheter un scooter, mais une fois que les gens comprennent qu'ils n'ont rien à tirer de toi, la tendance est de t'ignorer et éviter de te donner les informations nécessaires. Malgré les superbes coins visités, j'ai eu la sensation de participer à un safari-photo. C'est un peu comme si on te donne une liste de lieux à visiter, tu descends du bus, prend tes photos, passe une nuit à l'hôtel, remonte dans un bus jusqu'au prochain stop et on recommence. Le contacte avec la population locale est ainsi limitée aux habitants ayant un intérêt dans le tourisme. Ce périple a manqué d'authenticité à mon goût.



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